À la Krutenau, quand le budget participatif fait pousser des idées durables
Il y a des quartiers où il suffit d’une balade pour sentir quelque chose dans l’air : un petit parfum d’initiatives et d’idées qui germent, souvent...
Il y a des quartiers où il suffit d’une balade pour sentir quelque chose dans l’air : un petit parfum d’initiatives et d’idées qui germent, souvent portées par les habitantes et habitants eux-mêmes. La Krutenau, au sud du centre-ville de Strasbourg, c’est justement ce genre de lieu aux ruelles pleines de vie, entre cafés, médiathèques, écoles et friches transformées. Depuis 2018, l’Eurométropole propose le budget participatif : une enveloppe dédiée pour soutenir des projets imaginés localement, par et pour les habitants [Source : Ville de Strasbourg].
Mais concrètement, qu’est-ce qui a vraiment changé à la Krutenau ces dernières années grâce à ce coup de pouce ? Que trouve-t-on, sur place, quand on va voir derrière les grandes banderoles « Ville en transition » ? Après avoir pris mon vélo et un carnet de notes, voilà ce que j’ai découvert et ce que je peux partager avec vous.
Franchement, s’il y a un projet qui résume l’état d’esprit de la Krutenau, c’est bien cette histoire de jardin partagé. En 2019, des habitantes du quartier (souvent déjà engagées ou simplement passionnées de légumes locaux) ont proposé, via le budget participatif, la création d’un jardin urbain partagé sur la place Saint-Nicolas-aux-Ondes, en plein cœur du quartier [DNA, 2021].
La démarche était simple : transformer une partie de cette place en un coin de verdure où chacun peut venir planter, arroser, échanger des graines, organiser des ateliers. Résultat : le projet a été plébiscité par les habitants lors du vote, révélant une vraie envie de verdure et d’appropriation de l’espace public.
Depuis, le “petit jardin de Saint-Nico” accueille :
Le plus marquant ? Plusieurs riverains disent qu’avant « on traversait juste la place pour aller au supermarché ». Maintenant, il n’est pas rare de voir des voisins bavarder entre deux récoltes de tomates, ou des ados en train d’arroser après les cours. Une dynamique sociale très réelle, en plus du côté durable.
À retenir :
Impossible de parler de transition écologique en ville sans aborder le fameux compost de quartier. À Strasbourg, c’est devenu un classique (presque autant que les flammekueches du samedi), mais à la Krutenau, la forme est un peu unique, grâce… toujours au budget participatif.
En 2020, un collectif d’habitants et l’association Les Détritivores d’Alsace ont proposé d’installer plusieurs points de compost partagé. Ils ont obtenu un financement de 7 000 € (achat et installation de bacs, accompagnement, matériel pédagogique). Quelques chiffres pour donner une idée :
L’originalité du Compostéro :
Envie de tester ? Il suffit de contacter le collectif Compostéro par mail ou via leur page Facebook. Petite astuce : le “kit d’initiation” (bio-seau + guide) est souvent distribué pendant les journées portes ouvertes deux fois par an.
S’il y a bien un projet lauréat du budget participatif qui attire toute l’année, c’est l’atelier vélo du CIARUS (Centre International d’Accueil et de Rencontre Universitaire de Strasbourg) ! Ici, la petite reine n’est pas reine que sur les pistes : elle est aussi chouchoutée côté réparation. Ce projet a été l’un des plus populaires lors de la session 2019 du budget participatif (plus de 350 voix d’habitantes et habitants du quartier).
Les bénéfices ?
En pratique, en 2023, plus de 500 vélos ont été réparés dans l’année selon l’atelier, et 80 remis en circulation après remise en état. Le tout avec 10 000 € d’aide du budget participatif (principalement pour l’achat d’outils robustes, l’aménagement du local, l’organisation d’ateliers pédagogiques).
Ce qui frappe, en discutant avec les acteurs de ces projets, c’est l’envie de faire du lien entre les générations. Un bon exemple : le réaménagement de la cour de l’école primaire Sainte-Madeleine, porté par une équipe de parents, d’enseignants, de voisins curieux.
Grâce au budget participatif de 2021, ils ont pu financer :
Ça donne des scènes inoubliables : un jeudi matin, des élèves, des habitants “historiques” du quartier, des éducateurs, tous en train de planter ensemble le premier pommier sur fond de comptines alsaciennes.
Sur la fiche projet de la mairie, ce sont 30 000 € d’aides qui ont été validés, pour un projet conçu main dans la main avec le personnel de l’école et plusieurs assos locales.
Certains projets sont moins visibles, mais leur impact est bien réel pour les voisins qui en bénéficient :
Et à chaque fois, ce qui ressort, ce n’est pas seulement “la solution technique” ou “l’apport carbone évité”, mais le plaisir de faire ensemble, de retrouver un quartier où on se connaît — un peu, beaucoup, ou juste le temps de refaire le monde côté place d’Austerlitz.
Pour celles et ceux qui voudraient s’y mettre à leur tour, voici comment ça fonctionne (version express, sans jargon !) :
En Krutenau, en cinq ans, ce sont plus de 20 projets qui ont émergé grâce à cet outil, pour un total de près de 220 000 € investis localement (source : Strasbourg.eu, synthèse budget participatif, consultation 2023).
Plus que de “grandes révolutions”, ce sont surtout des améliorations concrètes qui améliorent la vie quotidienne, année après année : moins de béton, plus de convivialité, les jeunes qui investissent l’espace public, du patrimoine en commun retrouvé… et un quartier qui inspire même les autres faubourgs strasbourgeois.
Vous avez un projet, une idée ? La prochaine session du budget participatif est prévue à l’automne. Restez curieux, poussez la porte — c’est souvent le premier pas qui change tout.