Derrière les grilles : pourquoi s’intéresser aux zones d’activités ?

Petite devinette : où se concentrent près de 2000 entreprises rien que sur le territoire de l’Eurométropole ? (Source : Strasbourg.eu). Eh oui : essentiellement dans une vingtaine de grandes zones d’activités, de la Plaine des Bouchers à la Meinau, du Port du Rhin à l’Aéroport.

En chiffres, ça veut dire :

  • environ 50 000 emplois
  • plus de 2 millions de m² de surfaces bâties
  • une très grosse part des déplacements domicile-travail motorisés

Bref, tout ça fait des zones d’activités de vraies “plaques tournantes” d’émissions de gaz à effet de serre (GES), loin devant la petite boutique ou le kiosque à journaux. D’où l’importance de s’y attaquer si on veut tenir les objectifs du Plan Climat Air Énergie Territorial (le fameux PCAET, adopté localement en 2019).

Réduire les émissions, concrètement : trois axes très visibles (et trois surprises !)

1. L’énergie renouvelable devient la norme, pas l’exception

La transformation la plus frappante quand on visite les zones d’activités aujourd’hui, c’est la multiplication des installations d’énergie renouvelable. On pourrait croire que c’est juste quelques panneaux solaires “pour la photo”, mais le mouvement est franchement lancé.

  • Panneaux photovoltaïques à gogo : Exemple marquant, la zone d’activités d’Eckbolsheim a vu pousser des ombrières solaires sur les parkings (source : SOLEA Energie). Résultat : 6 000 m² couverts, alimentant bureaux, ateliers ET véhicules électriques des salariés. Plusieurs bâtiments à Entzheim ou à la Meinau ont aussi sauté le pas.
  • Chaleur locale et circuits courts : Au Port du Rhin, la chaufferie urbaine Biomasse, inaugurée en 2021, valorise les déchets de bois du territoire pour chauffer entreprises, logements et… quelques serres urbaines des environs (source : Strasbourg Énergie).
  • L’autoconsommation collective se développe : Dans la zone d’Eckbolsheim, des entreprises mutualisent leur installation solaire et s’échangent de l’électricité en direct. Franchement ? C’est plus simple que ça en a l’air : c’est géré par une structure type coopérative, avec un petit abonnement, et hop, tout le monde profite des économies d’énergie.

Un point que j’ai découvert en discutant avec quelques technicien·nes sur place : ces installations sont souvent financées en partie grâce à la Métropole, via des appels à projets ou des aides spécifiques. Et les retours sur investissement sont aujourd’hui bien plus rapides qu’imaginé.

2. Mobilités douces et alternatives : les voitures laissent (petit à petit) la place

Si vous avez déjà essayé d’aller à vélo à l’Eurométrople Sud-Illkirch ou sur la zone du Port du Rhin… vous savez que la tâche était (jusqu’à récemment) réservée aux téméraires. Mais ça bouge !

  • Pistes cyclables “express” : Depuis 2022, de nouveaux tronçons relient Baggersee et Neudorf à plusieurs zones d’emploi. Le réseau “VELOSTRAS” a même été inauguré pour connecter les principaux axes économiques de la Métropole (source : Strasbourg.eu/velo).
  • Services vélo pour les salariés : Par exemple, dans la zone de la Plaine des Bouchers, location longue durée de vélos électriques, parkings sécurisés, et ateliers vélo associatifs ont fleuri (l’asso FUB “Mon VélO2” a ouvert un atelier-café sympa, si ça vous intéresse).
  • Covoiturage et navettes propres : Sur la zone industrielle de Brumath, 800 salariés testent depuis 2023 une navette à hydrogène sur le trajet gare-zone d’activité. Et du côté d’Entzheim, l’appli Karos conquiert peu à peu des salariés réticents au début. Après quelques incitations, on atteint 150 trajets partagés chaque semaine.

La vraie différence ? Ce n’est plus simplement “on va essayer quelques trucs pour la com’”, mais une démarche globale, parfois même impulsée par les employé·es eux-mêmes, ou par les syndicats inter-entreprises.

3. Écologie industrielle et mutualisation : la logique du “pas chacun dans son coin”

Voilà le volet le plus innovant, et peut-être le plus discret du grand public : la fameuse “écologie industrielle et territoriale” (EIT, pour les amateurs de sigles). L’idée ? Faire en sorte que les déchets ou surplus d’une entreprise servent de matières premières à une autre, dans le voisinage direct. C’est l’inverse du gaspillage à grande échelle, et c’est loin d’être anecdotique.

  • Chaleur fatale valorisée : Sur le Port du Rhin, la chaleur rejetée par de grandes usines chimiques est récupérée et réinjectée dans le circuit de chauffage urbain. Ce “recyclage thermique” pourrait, à terme, chauffer 15 000 logements strasbourgeois (source : Strasbourg.eu/industriecologie).
  • Partage de services : Nettoyage mutualisé, gardiennage, achat groupé d’énergie : moins d’émissions et des prix cassés (surtout crucial pour les PME…). Certaines zones, comme la Plaine des Bouchers, commencent même à partager du matériel (tracteurs, petits camions, broyeurs de déchets verts…).
  • Mise en réseau des acteurs : C’est le boulot du Club des Entreprises Eco-Responsables de l’Eurométropole : réunions, visites croisées de sites, conseils d’experts… L’idée, c’est la transmission des solutions, pas la “guerre des voisins”.

Ce que j’ai aimé dans ces démarches ? Elles s’appuient sur le bon sens, le concret, l’échange de bons tuyaux – et souvent aussi sur un certain sens de l’entraide.

Trois témoignages inspirants entendus sur place

  • Sylvain, chef d’atelier métallurgique à la Plaine des Bouchers : “Au départ j’étais sceptique sur les panneaux solaires, mais aujourd’hui, je vois la différence sur la facture. On a moins chaud en été dans l’atelier, et les jeunes trouvent ça cool d’être dans une boîte engagée.”
  • Sabra, conductrice de navette à Brumath : “C’est rigolo, les gens étaient timides au début, mais maintenant ils en profitent pour discuter dans le bus. Il y a plus d’entraide, et clairement, ça pollue moins : on voit moins de voitures dans la zone.”
  • Yannick, chargé d’éco-synergie à Entzheim : “Ce qui change surtout, c’est la mentalité. Avant chaque entreprise faisait ses petites actions de son côté. Maintenant, on mutualise. Résultat : on va beaucoup plus loin, et ça ne coûte pas plus cher.”

Quelques chiffres clés trouvés sur le terrain

  • D’après l’Eurométropole, l’axe “Transitions” du Plan Climat a déjà permis de réduire de 17 % les émissions des zones d’activités les plus engagées entre 2018 et 2023 (source).
  • Les installations photovoltaïques sur les toitures industrielles représentent désormais près de 12 MWc installés – c’est l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 3 000 foyers strasbourgeois.
  • L’augmentation de l’usage du vélo pour accéder aux zones d’activités : +41 % de cyclistes quotidiens depuis 2019 sur certains axes récents (source : Observatoire Mobilité Strasbourg).
  • Sur le plan de la mutualisation, une dizaine de zones d’activité ont signé une charte “Objectif Zéro Déchet résiduel” depuis 2021 : compost collectif, filière de réemploi du mobilier, dons à Emmaüs ou à la Bouilloire Verte (pour le matériel électronique).

Changer de culture, pas juste de technologie

La réussite de ces initiatives, ce n’est pas seulement une affaire de matériels neufs ou de panneaux high tech. C’est aussi, et peut-être surtout, lié à une bascule culturelle au sein des entreprises et des collectivités.

Voici ce que j’ai observé – et que vous pouvez faire aussi, si vous travaillez dans une zone d’activité, si vous y passez ou si vous avez des contacts :

  • Oser pousser la porte des ateliers ou des réunions de quartier dédiées à la transition (l’Eurométropole organise des forums plusieurs fois dans l’année, souvent ouverts à tous, salariés ou pas)
  • Demandez si votre entreprise propose ou peut mettre en place le forfait mobilité durable : un coup de pouce pratique pour passer du tout-voiture à des solutions mixtes (train + vélo, covoiturage, etc.)
  • Suggérez à la direction de rejoindre les clubs “entreprises éco-engagées” de la zone. Bonne ambiance, informations utiles et pas de langue de bois

Franchement, à Strasbourg et dans l’Eurométropole, on a la chance d’avoir des institutions qui jouent le jeu côté soutien financier et accompagnement. Mais tout ça ne marche vraiment que quand ça part aussi “d’en bas”, des gens sur place. Et petite confidence : ce n’est pas réservé aux ingénieurs en développement durable.

Ressources pour aller plus loin ou s’engager

Et si, comme moi, vous aimez voir ce qui se passe dans les coulisses, beaucoup de zones organisent des visites guidées lors des “Journées de la transition” ou pendant la Semaine du Développement Durable : idéal pour se rendre compte du chemin parcouru… et à parcourir.

Demain, à quoi pourrait ressembler une zone d’activité “post-carbone” chez nous ?

Je me suis parfois demandé à quoi ressemblerait un parc d’activités alsacien vraiment tourné vers l’avenir. Peut-être qu’on verra de plus en plus de végétalisation, de toits cultivés, de coopératives énergétiques, de mobilités innovantes (navettes autonomes ou partagées ?). Mais ce que je constate déjà, c’est un mouvement de fond : moins de solitude industrielle, plus de partage, plus de consciences éveillées – même quand il faut ruser avec les habitudes ou jongler avec les petits budgets.

Pour celleux d’entre nous qui travaillent, vivent ou passent dans ces lieux qu’on regarde trop souvent comme de simples zones “techniques”, le message est clair : tout le monde a une carte à jouer, même sans badge “expert”.

À suivre de près… et, qui sait, à enrichir ensemble.

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