Pourquoi parler capture et compensation carbone, ici et maintenant ?

Le mot « carbone », vous l’avez sans doute déjà croisé partout : dans les discours des élus, les pubs pour des compagnies d’avion, même dans des conversations de famille (« oui oui, c’est bon, je compense ! »). Mais sur le terrain, dans notre bonne vieille Eurométropole, la question se pose encore plus fort : qui fait quoi pour vraiment capter ou compenser du CO₂, et surtout… est-ce possible à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une région ?

C’est la question que je me suis posée en discutant avec Marc, un copain jardinier collectif du côté de la Meinau, qui me glisse : « Tu sais, tout le monde parle de planter des arbres, mais moi, je ne vois pas beaucoup de vrais changements dans ma rue. » Franchement ? Cette remarque a fait tilt. Alors j’ai enfourché mon vélo, ouvert mon carnet d’adresses, et je suis partie à la découverte de celles et ceux qui essaient d’avoir un vrai impact localement.

Capturer ou compenser le carbone : de quoi parle-t-on, concrètement ?

Avant toute chose, un point rapide (mais nécessaire) : la capture de carbone, c’est le fait de récupérer du CO₂ déjà dans l’air, avec des plantes, des machines, ou d’autres stratégies. La compensation, c’est l’idée de contrebalancer ses propres émissions en soutenant des projets qui stockent du CO₂ ailleurs.

Pourquoi c’est compliqué ? Simplement parce que compenser ne veut pas dire « annuler » : planter 10 arbres ne suffit pas à gommer 30 allers-retours Paris-Strasbourg en avion… Mais ça peut avoir du sens si c’est local, transparent, en circuit court, et que ça bénéficie à nos voisins.

Ces startups qui veulent dépoussiérer la compensation carbone… et qui le prouvent ici, en Alsace

1. MyCO2 (par Carbiosphère) : la pédagogie de la mesure, avant l’action

Depuis quand ? 2018, dans la région Grand Est

C’est quoi ? Une startup strasbourgeoise qui propose, avant toute chose, d’apprendre à calculer son propre impact carbone de façon ultra-fine. Le principe : pas de compensation gadget tant que les efforts de sobriété n’ont pas été faits. Le dispositif MyCO2 commence souvent par des « ateliers empreinte carbone » animés, hyper interactifs, que ce soit dans des entreprises locales ou des collèges de l’Eurométropole.

La force ? Ils travaillent avec des acteurs locaux (associations, agriculteurs du Bas-Rhin), pour proposer ensuite aux particuliers de compenser via des projets géolocalisés, sélectionnés avec soin. Ici, on plante des haies ou on restaure de vrais vergers, on ne finance pas une forêt à l’autre bout du monde dont on perd la trace.

Quelques chiffres : En 2023, MyCO2 a permis près de 1200 tonnes de CO₂ compensées sur le territoire Alsace-Lorraine. Et chaque projet est suivi, cartes et photos à l’appui – suffisamment rare pour être signalé (source : rapport d’activité Carbiosphère 2023).

À tester : Si ça vous tente, ils organisent souvent des ateliers ouverts à tous en mairie de quartier ou dans des associations, notamment du côté de Cronenbourg ou de Koenigshoffen.

2. Climate City : capter le carbone, par les toits de Strasbourg

Quand on pense « innovation carbone », beaucoup imaginent des machines high-tech cachées dans la Silicon Valley. Et pourtant, la start-up Climate City (basée à Strasbourg et Paris) veut prouver qu’il y a mille façons de capter le carbone… directement depuis nos toits, nos cours d’école ou nos zones d’activités.

Ils font quoi exactement ?

  • Installation de capteurs et micro-stations pour mesurer précisément la concentration de CO₂, quartier par quartier (>15 stations dans Strasbourg en 2023).
  • Projets de végétalisation ciblée (murs, toits, parking) selon les zones les plus « à risque » sur leur cartographie. Priorité aux îlots de chaleur du centre-ville.
  • Partenarats avec des écoles pour créer des « corridors verts », avec implication des élèves (côté Robertsau et Hautepierre, notamment).

Pourquoi c’est important ? Ces mesures donnent des chiffres concrets, quartier par quartier. En 2022, la zone du Port du Rhin a vu son taux de CO₂ baisser de 5% suite à ces aménagements verts (source : rapport Climate City, 2023).

Le bonus : Ils organisent des visites de toits végétalisés plusieurs fois par an, souvent lors des Journées du Patrimoine. Parfait pour découvrir ce qui pousse à deux pas de la gare.

3. Stock CO2 : le bois local, stockeur de carbone… et d’emplois

Tout le monde a entendu parler de « carbone forestier », en mode : « plante un arbre, sauve la planète ». Mais ce que Stock CO2 pousse un cran plus loin, c’est que chaque table, plancher ou cabanon monté à partir de bois d’Alsace, c’est du carbone immobilisé pendant des décennies.

Zoom projet : À Duppigheim, Stock CO2 travaille avec la scierie Hackspiel et l’association Forêts & Bois d’Alsace pour valoriser chaque parcelle replantée ou entretenue durablement. Ici, le but n’est pas juste de planter, mais aussi de garantir l’utilisation du bois local dans la construction (filière courte, petits forestiers du Grand Est).

  • Ils proposent aux particuliers et aux entreprises de soutenir la plantation ou la gestion d’arbres (label bas-carbone certifié par le ministère de la Transition écologique).
  • Suivi cartographique en temps réel : chaque donateur ou partenaire reçoit des mises à jour sur « sa » parcelle ou son arbre.

Des résultats parlants : En 2023, ce sont 3700 tonnes équivalent CO₂ stockées dans la filière bois local rien qu’en Alsace (source : Stock CO2). À la clé, de la séquestration longue durée ET de l’emploi sur place.

Et vous ? Il existe même des offres pour particuliers : pour moins de 40 €, vous financez l’entretien d’une haie champêtre locale sur un an (avec visite possible, façon “adoption de haie”).

4. Pur Projet : l’humain au cœur de la compensation carbone paysanne

Pour ceux qui croisent souvent le logo de Pur Projet (vu chez Bonneterre, Léa Nature…), sachez que cette entreprise fondée en France agit aussi à l’échelle des territoires comme l’Alsace. Leur particularité : le lien direct avec des agriculteurs partenaires, souvent installés à moins de 50 km de Strasbourg (notamment vers Obernai, Truchtersheim, Molsheim).

  • Plantation de haies, agroforesterie, replantation de vergers anciens (en circuit court).
  • Soutien technique, achats groupés d’arbustes, création de mares et bosquets qui stockent du carbone mais aussi favorisent la biodiversité locale (hérissons, oiseaux, etc.).

Côté chiffres : En 2022-2023, Pur Projet annonce plus de 320 530 arbres plantés sur des exploitations agricoles d’Alsace et de Lorraine, avec suivi par satellite à la clé (données Pur Projet, consultables sur leur site).

Là où ça change la donne : C’est une des rares solutions à la fois labellisées (Label Bas Carbone) et où les agriculteurs locaux gardent la main sur les choix de plantations.

Pour tester : Il arrive que Pur Projet propose des journées « plantation citoyenne» ouvertes aux bénévoles en hiver (à suivre sur leur page Facebook ou via la Maison de la Nature Bruche Piémont).

Des outils digitaux pour agir en bas de chez soi (et vérifier que ça marche)

Une innovation qui a du bon, c’est la multiplication des plateformes de suivi local. Deux exemples à suivre de près en Alsace :

  • Territoires Zéro Carbone : carte interactive pour trouver les actions de compensation proches, financer une haie ou une unité de méthanisation chez un agriculteur à moins de 30 km de Strasbourg (projet testé dans l’Eurométropole depuis 2023).
  • Impact Local : appli strasbourgeoise pour suivre en temps réel la réduction de CO₂ de certains projets citoyens, point par point : fermes urbaines, composts collectifs labellisés, etc. (Contact direct au Marché OFF, place Grimmeissen.)

Tendances à surveiller : De plus en plus de programmes proposent une « double preuve » : suivi carbone ET bénéfice social. Certains affichent même le nombre d’emplois créés ou d’écoliers concernés, quartier par quartier.

Agir à son niveau : 3 actions que vous pouvez tester localement, dès ce mois-ci

  1. Participer à un atelier empreinte carbone MyCO2 (programme affiché en mairie ou sur leur site) : concret, même sans être expert.
  2. Financer une micro-opération bois ou haie via Stock CO2 : pour qui veut éviter les grandes plateformes anonymes (on garde ce côté « circuit court » qui a du sens, surtout quand on habite ici).
  3. S’informer sur les plantations participatives de Pur Projet ou d’associations locales comme Les Jardiniers du Neudorf : une matinée à planter, ça change le regard sur son quartier.

L’après : de la transparence et du lien, sinon rien

Ce qu’on retient ? Oui, il y a des startups innovantes qui bougent les lignes de la compensation et de la capture carbone, partout autour de Strasbourg. Mais ce qui fait la différence, ce n’est pas la promesse de « tout annuler » à coup de crédits d’un clic. C’est la possibilité, enfin, de vérifier ce qui se passe vraiment, de voir des arbres pousser, de rencontrer l’agriculteur, de comprendre les choix faits en commun.

Et puis, il y a ce petit plus qui change tout : dans une ville comme Strasbourg, chaque action locale a un double impact : sur le climat mais aussi sur l’entraide, la solidarité, la façon dont on redessine nos quartiers.

À suivre : la Ville et l’Eurométropole lanceront le nouveau plan Climat 2024-2030 cet automne, qui inclura ces initiatives. Les inscriptions pour les groupes citoyens ouverts seront bientôt annoncées sur strasbourg.eu.

Si vous avez repéré d’autres startups (ou assos, acteurs, collectifs) qui innovent dans la capture ou compensation carbone vraiment locale, faites signe ! Les commentaires sont ouverts, et je file rencontrer la prochaine équipe sur ma liste dès la semaine prochaine.

Ressources utiles Infos pratiques & contacts
MyCO2 Ateliers en mairie, Infos sur leur site
Climate City Visites de toits, carte CO₂ Strasbourg
Stock CO2 Financement de haies, gestion d’arbres
Pur Projet Plantations participatives, offres entreprises
Plan Climat Strasbourg Actualités locales, inscriptions au plan climat

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