La géothermie profonde : sous nos pieds, une énergie qui bouillonne
Strasbourg, capitale française (presque inconnue) de la géothermie
On l’entend moins que pour Budapest ou Reykjavik, mais l’Alsace… c’est LA région française où l’on exploite la géothermie profonde à grande échelle. Petit rappel : la géothermie, c’est utiliser la chaleur naturelle du sous-sol — parfois jusqu’à des milliers de mètres — pour chauffer nos maisons ou produire de l’électricité.
Ici, c’est le fameux fossé rhénan qui fait la différence : entre Strasbourg et Colmar, le sous-sol est percé de failles et de réservoirs d’eau très chaude (120 à 170°C, c’est presque une cocotte-minute). Résultat : dès les années 1980, on inaugurait à Soultz-sous-Forêts le premier grand pilote français. Cet immense « laboratoire » a posé les bases des techniques actuelles de géothermie haute température en Europe (Geothermie Perspectives).
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Cas concret : la centrale de Rittershoffen chauffe l’industrie… et le climat social
Ici, c’est une histoire que beaucoup de locaux connaissent de nom, mais rarement en détails. Le site de Rittershoffen, à une quarantaine de kilomètres au nord de Strasbourg, a été inauguré en 2016 par Electricité de Strasbourg (ÉS) et la Caisse des Dépôts. C’est l’une des seules « centrales géothermiques industrielles » d’Europe à fonctionner à cette échelle :
- Deux forages à 2 500 mètres sous terre
- Une eau à plus de 160°C
- 80 GWh (gigawattheure) de chaleur fournis chaque année, soit l’équivalent de la consommation de 7 000 foyers
- Chauffe en priorité la bio-raffinerie Roquette Frères, qui transforme du blé en amidon
Et le surplus de chaleur ou les périodes creuses ? Ça file directement alimenter le réseau de chauffage urbain de la petite ville voisine, (source : rittershoffen-geothermie.fr).
La vraie surprise : ici, pas d’émission de CO₂, ni d’importation de gaz ou de pétrole. Certains riverains regrettent toutefois que la ville ne bénéficie pas plus de ce gisement, entièrement fléché vers l’industrie. Mais ça bouge, car d’autres réseaux locaux pourraient bientôt se raccorder.
Le cas (controversé) de Vendenheim : espoir, incident… et quelle suite ?
Si vous suivez l’actualité strasbourgeoise, ce nom vous dit sûrement quelque chose. À Vendenheim, dans la proche couronne nord de la ville, deux forages géothermiques profonds ont été réalisés en 2018-2019. Objectif à terme : couvrir jusqu’à 40% des besoins du chauffage urbain de Strasbourg-Nord grâce à l’eau à 170°C… un projet phare porté par Fonroche Géothermie, mais qui a rencontré quelques secousses physiques (et politiques).
- Décembre 2020 : un séisme de 3,6 sur l’échelle de Richter secoue le secteur, jugé lié aux activités de la centrale (France Info).
- Arrêt administratif, inquiétude des habitants.
- Depuis 2022, les discussions continuent : retour progressif à une exploitation maîtrisée ? Difficile d’avoir une réponse définitive, mais l’Eurométropole y croit encore comme levier de la « sortie des énergies fossiles » locale.
Malgré les heurts, la géothermie profonde reste une solution à fort potentiel : une fois lancée, une installation fournit de la chaleur quasi 100% décarbonée, pour des décennies. Mais le contexte local rappelle l’importance de la transparence, de la mesure et du dialogue.
Et à l’échelle du quotidien : la géothermie « de surface » arrive aussi
Gros projet industriel, mais aussi petites initiatives : dans plusieurs éco-quartiers de l’agglomération (Danube, Deux-Rives, Cronenbourg), on voit débarquer des pompes à chaleur géothermiques pour chauffer voire rafraîchir des immeubles entiers. C’est moins spectaculaire, mais ça montre qu’ici, le « local d’énergie » se glisse dans notre vie quotidienne.