Pourquoi parler d’appels à projets ? (Et pourquoi ils changent vraiment la donne…)

À Strasbourg, celles et ceux qui ont déjà tenté de lancer un jardin partagé, une biblio de rue ou une mini centrale solaire connaissent la chanson : une idée, des voisins motivés… puis la grande question : “On fait comment ? Qui va nous aider ?” C’est là qu’on découvre le monde un peu mystérieux des appels à projets.

À l’air libre, ça peut sonner comme un jargon d’administration. Mais derrière cette expression, il y a bien souvent des financements concrets, parfois des accompagnements, et la petite impulsion qui change tout. Franchement ? Quand on débute ou qu’on rêve de voir son quartier respirer, c’est essentiel.

Et ce n’est pas anecdotique : en 2022, d’après les chiffres de l’Ademe, près de 10 000 projets citoyens à impact local ont vu le jour grâce à ces dispositifs en France. À l’échelle du Grand Est (source : Région Grand Est), on parle de plusieurs centaines de collectifs, écoles et associations soutenus chaque année – composteurs, frigos partagés, réemploi, innovation énergétique…

Alors : qui finance quoi ? Comment s’y prendre ? J’ai fouillé, j’ai glané des témoignages, et surtout, j’ai discuté avec pas mal de porteurs de projets dans différents coins de Strasbourg et d’Alsace pour vous ramener ce tour d’horizon (non exhaustif mais déjà bien fourni).

Zoom sur les principaux appels à projets nationaux

Les dispositifs pilotés par l’ADEME

Impossible de contourner l’Ademe (Agence de la Transition Écologique) quand on parle transition verte locale. C’est souvent l’un des premiers guichets à ouvrir l’œil.

  • Appel à projets « Agir pour la transition écologique » Cible qui ? Associations, collectifs citoyens, collectivités, écoles… Pour quoi ? Innovation sociale, mobilités douces, économie circulaire, gestion des déchets, énergies renouvelables. Comment ? Budget variable : certaines “petites initiatives” peuvent recevoir de 1 000 à 10 000 € ; de plus gros collectifs visent 50 000 €, parfois jusqu’à 100 000 €. Ce qu’ils financent ? Par exemple : la ressourcerie Le Lézard Vert, à Mulhouse, a démarré grâce à eux (source : Ademe Grand Est). Voir les AAP de l’Ademe
  • Fonds Mobilités Actives – Génération Vélo et Mobi-Scol Pour booster l’usage du vélo (écoles, quartiers, entreprises). À Strasbourg, plusieurs ateliers d’auto-réparation et pistes cyclables “expérimentales” ont été épaulés par ce fonds (source : Strasbourg.eu).

Le Fonds Vert du Ministère de la Transition Écologique

Lancé en 2023 avec un budget d’1,5 milliard d’euros, le Fonds Vert vise directement les collectivités mais ça peut irriguer nos quartiers. Comment ? En finançant la rénovation énergétique des bâtiments publics, la désimperméabilisation des cours d’école, de la végétalisation, etc. Exemple : à Schiltigheim, la transformation d’anciennes friches en vergers urbains a reçu un soutien du fonds. Plus d’infos sur le Fonds Vert

France Active et les appels à projets ESS (économie sociale et solidaire)

France Active : le nom peut sembler lointain, mais c’est le réseau qui aide toutes celles et ceux qui veulent entreprendre “autrement”. Ils organisent régulièrement des appels à projets, souvent en partenariat avec la région ou les métropoles. La bonne nouvelle ? Même les petits collectifs pas "pro" ont leur chance dans certains dispositifs. En 2022, près de 65 projets en Alsace ont pu acheter du matériel ou développer de nouveaux services grâce à eux, notamment dans le réemploi et l’alimentation circulaire (source : France Active Alsace).

Les dispositifs locaux à Strasbourg et en Alsace : chiffres, modalités, exemples

À l’échelle du quartier, bonne surprise : il existe pas mal de soutiens plus “à taille humaine”. Même si chaque mairie ou intercommunalité a ses codes, voilà ce qui revient le plus souvent chez nous.

  • Le Budget Participatif de l’Eurométropole de Strasbourg
    • L’enveloppe : 2,5 millions d’euros pour le dernier tour (2023).
    • Qui peut candidater ? Habitants, assos, groupes d’amis, voisins…
    • Ce qu’on a vu émerger : des micro-forêts urbaines à Koenigshoffen, des pôles vélo à la Meinau, ou encore la fameuse Auberge des 3 B, qui propose un tiers-lieu autour de l’agriculture urbaine.
    • La logique : des projets conçus par les habitants, pour leur rue/quartier. Pas besoin d’être expert : un dossier, une courte vidéo suffisent souvent. Et c’est la collectivité qui s’occupe ensuite de la réalisation.
    • Infos : Plateforme du Budget Participatif Strasbourg
  • La Fabrique à Projets Citoyens (Ville de Strasbourg et EMS) Un dispositif qui accompagne de l’idée au terrain, avec des ateliers et parfois un coup de pouce financier (jusqu’à 3 000 €). Très pratique pour “tester” avant de voir plus grand. Exemple : le collectif “Compost’Mon Quartier”, qui a installé 4 composteurs partagés dans la Robertsau l’an passé (source : Strasbourg.eu).
  • Les aides de la Région Grand Est
    • Programme “Initiatives en Région” : jusqu’à 20 000 € pour des projets associatifs durables.
    • Focus environnement et biodiversité : animation nature, sentiers pédagogiques, ruchers collectifs, etc.
    • En 2021, près de 2 millions d’euros attribués à 167 initiatives locales vertes (source : Région Grand Est).
    • Tous les appels à projets de la Région

La règle du jeu : critères, timing, qui peut candidater ?

Pas la peine de se dégonfler parce qu’on ne coche pas toutes les cases. L’expérience des collectifs locaux est claire : les critères sont souvent larges, et plus ouverts aux citoyennes et citoyens qu’on ne le croit.

  • Pour candidater :
    • Pas forcément besoin de monter une association. Certains dispositifs prennent aussi les collectifs informels ou les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne).
    • Il est toutefois souvent demandé un compte bancaire dédié et une charte d’engagement (pour garantir la bonne gestion des sous).
  • Timing : en général, deux à trois appels par an, à dates fixes (mars, septembre… à surveiller sur les sites).
  • À quoi faire attention : bien expliquer l’utilité pour le quartier, montrer qu’il y a des bénéficiaires (habitants, écoliers, associations…), et préciser comment ça va perdurer (éviter que le bac à compost finisse à l’abandon au bout de 6 mois).

Certains dispositifs proposent même des petites formations en amont – sur la gestion collective, la communication locale… Et ça, pour éviter les galères au lancement, c’est un vrai +.

Qui est-ce que ça aide vraiment ? Quelques réussites locales

  • Compost Mon Quartier (Robertsau) : 4 sites installés en moins d’un an, 120 foyers impliqués. Grâce au coup de pouce de la Ville (Fabrique à Projets Citoyens) et à la mobilisation patiente des voisins…
  • La ressourcerie du Neudorf : Aujourd’hui, c’est plus de 30 tonnes d’objets évités à la benne chaque année. L’aventure a démarré avec un petit fonds participatif en 2018.
  • Le collectif “Des légumes sur les toits” (Centre-ville) : 3 résidences équipées de bacs potagers et d’une mini-mare, suite à l’appel à projets de la Région. Le plus ? Des ateliers parents-enfants tout l’été, autofinancés ensuite par des ventes de plants.

Ce qui ressort à chaque fois : le financement de départ donne l’élan, mais derrière, tout repose sur le collectif et la capacité à embarquer le quartier. On commence petit, on apprend (souvent sur le tas), mais on gagne en confiance.

Où trouver les appels à projets quand on débute ? Quelques astuces pour se lancer

  • Surveillez les plateformes institutionnelles locales (Strasbourg.eu, GrandEst.fr, ADEME, etc.), mais aussi les pages Facebook ou WhatsApp de quartier. Certains dispositifs n’ont pas une grande comm’ : le bouche-à-oreille fait souvent le reste !
  • Passez dans une Maison des Associations : il y en a plusieurs à Strasbourg. Elles relaient pas mal d’infos sur les financements, proposent des permanences pour préparer le dossier ou simplement en discuter à plusieurs.
  • Cherchez du côté des fédérations : par exemple, Alsace Nature recense régulièrement tous les appels ouverts autour de la biodiversité (site).
  • Rapprochez-vous de la MJC ou du centre socio de votre quartier : même pour un petit projet, ils savent orienter, voire accueillir une réunion, prêter une salle, prêter du matos… La solidarité, ça commence souvent là.

Ce qu’il faut retenir (et peut-être tenter dès demain…)

  • Oui, la paperasse peut effrayer, mais c’est moins labyrinthique qu’on ne le croit – surtout quand on s’y met à plusieurs.
  • À Strasbourg (et dans pas mal de communes alsaciennes), de nombreux projets tout simples, portés par un groupe d’amis, une famille ou des voisins, trouvent un écho auprès des dispositifs de soutien à la transition écolo.
  • Plusieurs structures locales (Maisons des associations, fab labs, réseaux type France Active) proposent des ateliers gratuits pour comprendre le montage de dossier ou maximiser ses chances.
  • Faites-vous confiance : le terreau est fertile, vraiment. Et même si le démarrage prend un peu d’énergie, quelle fierté d’avoir, en bas de son immeuble, un bout de nature ou une petite initiative utile à tout le monde.

Pour finir, la meilleure manière de s’y mettre, c’est encore de rencontrer celles et ceux qui l’ont déjà fait. Les prochaines portes ouvertes de ressourceries, journées “nature” des crèches ou fêtes de quartier sont souvent l’occasion de discuter, de réseauter, et de tester ses idées en vrai. Peut-être qu’en 2024, c’est votre tour de faire pousser quelque chose… Des questions ? Des idées à lancer ? Partagez-les en commentaire ou venez en parler lors du prochain café citoyen à la Krutenau !

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