Une réalité : pourquoi le transport pèse si lourd dans le bilan carbone ?

À Strasbourg, comme partout ailleurs, les transports sont responsables d’une bonne partie des émissions de CO2 locales. D’après l’Observatoire Climat (source : Eurométropole de Strasbourg), en 2022, près de 32% des émissions de gaz à effet de serre du territoire venaient du secteur des transports, essentiellement du trafic routier. Ce chiffre grimpe même à près de 40% si on prend en compte la circulation pendulaire vers l’Eurométropole, c’est-à-dire tous ceux qui viennent travailler en voiture depuis Colmar, Saverne, Offenbourg, etc.

Les principaux “coupables” ? La voiture individuelle (encore elle !), surtout pour les trajets quotidiens domicile-travail, mais aussi la livraison de marchandises et les déplacements professionnels. Le rail, le tram, le vélo et la marche pèsent beaucoup moins dans la balance carbone, mais ils ne sont pas anodins quand il s’agit d’organiser une ville qui respire mieux.

Des pistes cyclables qui changent la ville

Strasbourg n’usurpe pas sa réputation de capitale française du vélo. Selon Vélo & Territoires et la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), plus de 16% des Strasbourgeois (contre 3% à l’échelle nationale !) vont travailler chaque jour à vélo. Un petit tour sur la passerelle du Jardin des Deux Rives ou devant la gare le matin suffit pour s’en convaincre. Mais ça ne s’est pas fait tout seul.

  • Plus de 600 km d’aménagements cyclables aujourd’hui (chiffre Eurométropole 2023), un maillage dense et continu dans tous les quartiers, pas seulement au centre-ville.
  • La naissance du réseau “Vélostras” : des lignes cyclables express qui traversent l’agglomération comme des lignes de tram, permettant des trajets rapides et sécurisés de Kehl à Eckbolsheim ou du Neudorf à Schiltigheim.
  • Des points de réparation (atelier Bretz’selle, Vélostation de la gare…), des parkings sécurisés (Près de 10 000 places vélo sécurisées !), et une flotte de vélos en libre-service qui s’étoffe chaque année (Vélhop, mais aussi le boom du vélo de location longue durée pour familles et étudiants).

Ce que je trouve particulièrement encourageant, c’est que cette dynamique dépasse le “petit cercle” des convaincus. De plus en plus de personnes, y compris des familles du Neuhof ou de la Robertsau, s’équipent de vélos-cargos pour faire les courses ou transporter les enfants à l’école.

Et ça paye : selon une étude commanditée par l’Eurométropole en 2023, le passage de la voiture au vélo, sur des trajets de moins de 5 km, permet d’économiser environ 700 kg de CO2 par an et par personne. Franchement ? Ce n’est pas négligeable.

Tram, bus, TER : les transports en commun ne cessent d’innover

Le tram est un peu la fierté locale (j’ai une tendresse particulière pour le design joyeux de certaines rames). Strasbourg fut la première grande ville française à réintroduire le tramway, dès 1994, et le résultat se voit : six lignes dans l’agglomération, 64 km de rails, et plus de 130 millions de voyages par an (source CTS).

Mais la nouveauté de ces dernières années, ce sont les bus en site propre (des couloirs réservés, pour aller plus vite), les minibus électriques dans les quartiers moins denses, et les réflexions sur des lignes express “métropolitaines” pour desservir les petites communes (voir le projet de “tram-train” vers Wolfisheim ou Vendenheim).

En bonus, la part des bus qui roulent au gaz naturel est passée à 47% du parc (données CTS 2023), et la transition vers des véhicules électriques, voire à hydrogène, est lancée. L’objectif de la collectivité ? Un parc 100% décarboné d’ici 2035.

  • Tarifs solidaires : Depuis 2021, les abonnements sont gratuits ou très réduits pour les moins de 18 ans selon le quotient familial, et plusieurs expérimentations de gratuité ponctuelle ont eu lieu lors de pics de pollution.
  • Accessibilité : De nouveaux arrêts adaptés à tous les publics, y compris personnes à mobilité réduite

Tout ça aide, doucement mais sûrement, à réduire la place de la voiture solo, tout en offrant des alternatives fiables et régulières – une nécessité quand l’ambition est de diviser par deux les émissions du transport d’ici 2030 (objectif du Plan Climat de l’Eurométropole).

La lutte (complexe) contre la voiture solo : entre ZFE et partage

Un chantier qui fait grincer des dents par endroit, mais qui avance quand même : celui de la ZFE-m (Zone à Faibles Émissions mobilité, en clair, le périmètre dans lequel les véhicules les plus polluants ne peuvent plus circuler). Strasbourg l’a mise en place début 2022. Résultat, d’après les relevés de la Ville, plus de 12 000 véhicules anciens (diesel ou essence) ont disparu des rues en deux ans.

Bien sûr, la ZFE ne fait pas tout : il faut accompagner les habitants (et notamment les plus modestes) pour renouveler leur véhicule ou mieux, se passer carrément de voiture. Là où ça bouge pas mal :

  • Covoiturage encouragé : partenariat avec des plateformes comme Klaxit, parkings relais gratuits pour ceux qui partagent leur voiture, et des voies “partage” sur certaines entrées de ville (le fameux test sur la M35).
  • Aides à la conversion : primes municipales et régionales pour acheter un vélo-cargo, une trottinette électrique ou un abonnement de transport plutôt qu’une voiture neuve.
  • Autopartage : le réseau Citiz compte à ce jour 260 voitures en partage dans l’agglomération, et 18 000 utilisateurs. Chaque voiture Citiz, selon l’ADEME, évite en moyenne la circulation de 9 véhicules individuels.

Une enquête menée en 2023 par l’Eurométropole (disponible ici) montre que 77% des utilisateurs d’autopartage ont repoussé ou carrément abandonné l’achat d’une voiture personnelle.

Livraisons, logistique et mobilité professionnelle : les autres leviers

On parle souvent des voitures et des bus, mais la logistique urbaine est devenue un vrai enjeu pour la transition écologique de Strasbourg. Les chiffres sont parlants :

  • Environ 900 000 colis sont livrés chaque mois dans l’Eurométropole (source : Club logistique Strasbourg) ;
  • Le “dernier kilomètre” (celui qui va de l’entrepôt au client) représente jusqu’à 25% des émissions de la circulation en centre-ville ;
  • Les camions et camionnettes sur la Grande-Île, c’est aussi du bruit, de la pollution… et des pistes cyclables encombrées.

Face à ça, quelques initiatives originales attrapées dans mon filet de reportrice locale :

  • La coopérative Urbamouv et ses vélos-cargos pour les commerçants et artisans du centre ;
  • L’expérimentation de micro-hubs logistiques (petits entrepôts de quartier reliés uniquement par triporteur ou fourgon électrique) dans la Krutenau et à la gare ;
  • L’obligation pour les gros livreurs de passer par une flotte de véhicules “propres” (séduisant pour le consommateur, moins pour Amazon…)

Petite anecdote glanée auprès de l’association des commerçants place de l’Homme de Fer : depuis mi-2023, leur partenariat avec une plateforme de “livraison douce” aurait réduit les livraisons polluantes de plus de 40% sur le secteur. À vérifier sur la durée, mais c’est prometteur !

Ce que font aussi les habitants : idées, habitudes et petits gestes collectifs

On le voit bien : tout ne vient pas d’en haut. Strasbourg bouge aussi grâce à des centaines de micro-projets locaux et à la motivation de beaucoup d’habitants, clubs, associations ou simples voisins. Voilà 3 initiatives croisées au fil de mes repérages :

  1. Les “pédibus” d’école : on accompagne à pied les enfants d’un quartier à l’école, y compris sous la pluie (mention spéciale aux habitants du Port du Rhin !).
  2. Des collectifs de quartier qui aménagent des rues scolaires : le vendredi, on ferme la rue devant l’école pour créer — le temps d’une heure — une “zone de respiration” sans moteur (à tester : la rue du Maréchal Joffre, chaque vendredi matin).
  3. Les courses à vélo entre voisins : des groupes WhatsApp ou Signal, où chacun se propose de récupérer du pain ou un colis pour éviter des allers-retours inutiles.

Ça n’a l’air de rien, mais multiplié par quelques centaines ou milliers de gestes, le changement devient visible : plus d’apaisement dans les rues, moins d’embouteillages autour des écoles, et à la longue, des rejets de CO2 bien moindres.

Des défis, mais aussi des avancées qu’on peut célébrer

Tout n’est pas rose, évidemment. Il reste plein de défis : le transit routier régional qui n’est pas près de disparaître, le parking souvent trop tentant en périphérie, la mobilité inclusive pour les personnes éloignées de l’emploi ou en situation de handicap… La route est longue. Strasbourg, comme beaucoup de villes françaises, souffre aussi d’un “modèle voiture” hérité, qu’il faut transformer sans exclure personne.

Mais on voit chaque jour des quartiers qui se transforment, des familles qui tentent le “sans voiture pendant un mois”, des entreprises qui choisissent la flotte vélo ou instaurent le télétravail, des lycéens qui boudent Uber pour prendre la navette fluviale…

Et si besoin de vous motiver, voilà quelques ressources locales à explorer :

Envie de tenter un changement dès maintenant ? Voilà 3 choses à essayer ce week-end :

  • Emprunter un Vélhop pour une balade jusqu’à la Robertsau.
  • S’inscrire sur Citiz pour aller chez des amis sans polluer.
  • Marcher ou pédaler avec vos enfants à l’école lundi matin (et motiver un voisin au passage !)

La transition écologique des transports à Strasbourg, c’est tout sauf un long fleuve tranquille. Mais c’est stimulant, collectif, et il y a toujours un nouveau projet à découvrir ou à tester. Et vous, quelle nouvelle piste allez-vous explorer cette semaine ?

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