Quand Strasbourg s’ouvre à l’Europe pour la transition écologique

À Strasbourg, on aime regarder au-delà du Rhin, et pas seulement parce qu'on a la frontière à deux arrêts de tram. Le climat, l’air qu’on respire, la forêt de la Robertsau, la nappe phréatique qui alimente nos robinets : tout ça ne s’arrête pas à la Schiltigheim ou à Kehl. Depuis plusieurs années, la Ville affirme haut et fort que la transition écologique se joue aussi à l’échelle européenne. Mais concrètement, comment ça se passe, la coopération entre villes pour le climat ?

Pas besoin de s’appeler Bruxelles ou Copenhague pour tisser des liens avec ses voisins. Strasbourg a la chance de baigner dans une dynamique européenne, avec le Parlement à domicile… mais aussi, ce qu’on sait moins, une longue histoire de projets concrets menés avec d’autres villes. Sur le papier, ces coopérations portent des noms parfois baroques : réseaux de villes, jumelages, appels à projets Interreg… Mais derrière ces mots, c’est tout un tissu d’actions locales et de partages d’idées, entre élu.e.s, technicien.ne.s, associations et habitants.

Les réseaux européens de villes : Strasbourg n’avance pas seule

Pour comprendre l’action de Strasbourg, il faut ouvrir le carnet d’adresses de la Ville. À l’intérieur ? Des réseaux européens spécialisés sur le climat et la transition.

  • Le réseau ICLEI (International Council for Local Environmental Initiatives) : Un giga club européen – 2 500 membres dans 125 pays – dédié à rendre concrète la transition dans les villes. Strasbourg en fait partie et échange des solutions sur la mobilité, l’énergie, mais aussi l’adaptation au changement climatique. Source : ICLEI
  • Le Pacte des Maires pour le Climat et l’Énergie : Un engagement volontaire mais sérieux : en signant ce pacte, Strasbourg promet de baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 (par rapport à 1990), et de s’adapter aux impacts déjà là (canicules, crues, inondations…). Ce pacte relie plus de 10 500 communes européennes, qui partagent indicateurs, retours d’expérience et plans d’action. Source : Pacte des Maires
  • Cités interculturelles (Conseil de l’Europe) : L’idée : lier inclusion sociale, climat et cadre de vie. L’exemple le plus visible à Strasbourg, ce sont les micro-forêts plantées dans différents quartiers, issues d’échanges avec d’autres villes membres (notamment Utrecht et Karlsruhe).
  • Eurocities : Ce gigantesque réseau rassemble plus de 200 grandes villes d’Europe, soit 130 millions d’habitants ! Là encore, l’idée est d’avancer ensemble sur des questions comme les pistes cyclables urbaines ou l’énergie verte.

Des projets communs : Strasbourg main dans la main avec ses voisines

Quand on parle de coopération européenne pour le climat, ce ne sont pas que des signatures ou des autocollants à l’entrée de la ville : il y a des projets concrets, testés et parfois assez visibles.

1. L’expérience du tram transfrontalier Kehl - Strasbourg

Inauguré en 2017, ce tram traverse le Rhin en trois minutes, reliant le centre de Strasbourg à la petite ville allemande de Kehl. Ce n’est pas anecdotique : depuis sa mise en service, on a enregistré plus de 25 000 passagers par jour sur ce tronçon, ce qui évite des milliers de trajets en voiture fossile (source : CTS/Eurométropole de Strasbourg).

Ce projet « très alsacien » est pourtant le résultat de 15 ans de coopération entre deux villes, deux pays, deux réseaux de transport. C’est l’Europe du quotidien, et ça change la vie des frontaliers, étudiants, familles, travailleurs…

2. Les Jardins partagés germano-français

L’autre exemple, plus discret mais symbolique, ce sont les jardins partagés entre Strasbourg et Kehl, le long du Jardin des Deux Rives. Chaque printemps, les habitants – côté allemand et français – plantent, échangent des graines et animatrices. Une vraie parcelle de biodiversité transfrontalière !

3. Strasbourg et les “Villes pilotes Neutralité Carbone”

En 2022, Strasbourg a été sélectionnée par la Commission européenne dans le top 100 des villes européennes “pilotes” pour viser la neutralité carbone d’ici 2030 (Commission européenne). Traduit en actions, cela veut dire des investissements renforcés et un devoir de partager les résultats avec les autres villes du panel (comme Grenoble, Dijon, Lyon…). Le mot d’ordre : pas seulement innover pour chez soi, mais pour celles et ceux qui veulent s’inspirer.

Les programmes européens : tremplins pour nos initiatives locales

À Strasbourg, plusieurs projets sont financés grâce à des fonds européens (Interreg, FEDER, LIFE…), ce qui permet à la Ville d’aller plus loin que si elle était seule. Voici quelques exemples concrets :

  • Le projet ASTUS (Interreg Rhin Supérieur) : Lancé avec Bâle, Fribourg et Karlsruhe, ce programme a permis de tester le covoiturage pendulaire, optimiser les horaires de tram et imaginer de nouveaux pôles d’éco-mobilité, notamment à la gare de Strasbourg. Source : Interreg Astus
  • RESTORE (Interreg Europe) : Strasbourg collabore avec Rotterdam, Bologne et d’autres pour revitaliser les espaces urbains dégradés en créant des ceintures vertes écologiques autour des villes. À Strasbourg, ça a donné un coup de pouce au projet de renaturation du Heyritz et aux corridors verts du Port du Rhin.
  • CLIMATE-ADAPT (LIFE) : Plusieurs études sur l’adaptation de la ville aux canicules se font en lien avec Cracovie, Anvers ou encore Séville, via le partage de méthodes d’analyse des îlots de chaleur urbains. Source : Climate-ADAPT

Des habitants impliqués dans la coopération européenne

La coopération, ce n’est pas que l’affaire des élu.e.s ou des technicien.ne.s… Les Strasbourgeois y participent aussi, parfois sans même le savoir. Voilà quelques exemples :

  1. La Nuit européenne des Chercheur·e·s : on retrouve dans toute l’Europe ces soirées où les labos ouvrent leurs portes pour parler climat, biodiversité, énergies vertes… À Strasbourg aussi, chaque année, et c’est l’occasion de retrouver des scientifiques venus de Berlin, Milan ou Bruxelles échanger sur la transition, côté grand public.
  2. Les jumelages écolos avec Boston, Leicester ou Stuttgart : à travers l’agenda 21 local (plan d’actions de développement durable), la Ville organise régulièrement des échanges citadins pour mutualiser des idées (zéro plastique, énergie solaire, marchés bio, etc.)
  3. Le défi Mobilité européennes pour les jeunes : chaque année, de plus en plus de jeunes Strasbourgeois partent dans d’autres pays d’Europe pour découvrir comment on s’organise ailleurs (véloroutes au Danemark, forêts urbaines à Vienne, tri planifié à Milan), puis reviennent pour en parler dans les écoles locales.

Ce qui change dans la pratique, ici à Strasbourg

Ce qui est frappant, c’est que ces coopérations européennes ne restent pas juste dans les murs du Parlement ou des bureaux municipaux. Voici quelques exemples concrets qui impactent la vie quotidienne à Strasbourg :

  • Plus de pistes cyclables : 66 km de pistes créées en cinq ans… Un bond inspiré par le modèle des “fast lanes” d’Utrecht ou des “radnetz” allemands (Source : Eurométropole, 2023).
  • Une stratégie d’urbanisme plus verte : Beaucoup des écoquartiers de Strasbourg s’inspirent de ceux de Fribourg ou de Vitoria-Gasteiz, pionnières européennes. Par exemple, le quartier Danube a été conçu après des visites de terrain chez nos voisins allemands.
  • Rénovation énergétique partagée : Via le projet Interreg TRION-climate, les artisans strasbourgeois échangent savoir-faire et chantiers avec Bâle et Karlsruhe pour mieux isoler et décarboner les bâtiments anciens.

Vous aussi, acteur.rice de la coopération européenne… sans bouger de Strasbourg

  • Participez à un atelier européen du Climat : Plusieurs fois par an, la Ville accueille des rencontres internationales ouvertes au public (conférences, débats, fresques collectives…). Renseignez-vous sur le site de l’Eurométropole ou la page Agenda 21.
  • Devenez volontaire dans une association franco-allemande : Il existe des dizaines d’assos qui proposent des chantiers, des jardins ou des ateliers partagés : « Les Jardins de la Montagne Verte », le réseau “Vivre le Rhin”, etc.
  • Testez les mobilités transfrontalières : Passez le pont du tram, prenez votre vélo direction Kehl, explorez les forêts transfrontalières… Les parcs naturels du Rhin Supérieur proposent même des applis pour découvrir la biodiversité en mode Arpenter sans traces !
  • Suivez les conférences et débats ouverts : Le Parlement européen, la Région Grand Est ou la Ville de Strasbourg organisent régulièrement des événements publics sur la coopération écologique (rendez-vous sur l’agenda de la ville).

Un atout pour demain : Strasbourg dans l’Europe des solutions durables

Ce qui me frappe quand je creuse ces sujets ? Strasbourg ne sera jamais une île, ni sur la carte, ni dans la transition écologique. Les coopérations européennes, ce n’est pas juste un supplément d’âme ou de subventions. C’est une boussole pour penser et agir au-delà de nos frontières, apprendre des autres, se donner du courage (et parfois, se rassurer en voyant que tout le monde tâtonne).

À Strasbourg, la transition s’écrit au pluriel : à chaque projet européen, à chaque tram partagé, à chaque idée qui germe avec nos voisines allemandes, suisses, espagnoles ou danoises. C’est peut-être ici, entre tram, rives et jardins, qu’on comprend le mieux que l’écologie n’a pas de frontière.

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