Secteur par secteur : qui pollue le plus à Strasbourg ?
Rassurez-vous, je ne vais pas sortir des courbes façon rapport du GIEC (le plus grand groupe d’experts internationaux sur le climat). Mais un minimum de chiffres, c’est précieux quand on veut s’y retrouver — et surtout, agir là où ça compte.
La mobilité, premier poste d’émissions
Commençons par ce qui saute aux yeux (et parfois au nez) : les transports. Ici comme ailleurs, c’est un mastodonte pour le climat. Selon les données publiées par l’Eurométropole de Strasbourg dans son Bilan Carbone 2021 (source), la mobilité représente environ 40 % des émissions locales de gaz à effet de serre.
- La voiture individuelle est le premier contributeur, notamment pour les trajets domicile-travail : le périurbain et les communes voisines restent très dépendants de la voiture.
- Les poids lourds et camions liés aux activités portuaires et logistiques pèsent aussi dans la balance, surtout autour du Port du Rhin et de l’Autoroute A35.
- Le transport aérien (grâce ou à cause de l’aéroport d’Entzheim) a un impact non négligeable, même s’il pèse moins localement que la route.
La bonne nouvelle ? Strasbourg, pionnière du tram et du vélo, a réussi à faire baisser la part de la voiture depuis dix ans. Mais le chemin reste long : une récente étude Air Climat Strasbourg (2023) montre encore un dépassement des normes européennes de qualité de l’air sur plusieurs axes (notamment boulevard Wilson et place de Haguenau).
L’industrie et la logistique lourde : l’ombre du Port du Rhin
Là, c’est le secteur qui, à mon avis, est le moins visible pour les habitants hors du quartier — mais probablement le plus impressionnant une fois qu’on y met les pieds. Plus de 300 entreprises (chimie, ciment, métallurgie, agroalimentaire…) y sont installées. Côté chiffres, le Port du Rhin pèse à lui seul plus de 20 % des émissions totales de CO2 de la ville (Port Autonome de Strasbourg, 2024).
- Le ciment (Holcim, HeidelbergCement) : production très gourmande en énergie, encore largement carbonée.
- Industrie chimique (comme BASF) et sous-traitance : émissions de gaz à effet de serre et polluants atmosphériques.
- Traitement des déchets : incinérations, enfouissement — même si l’Eurométropole est engagée dans une démarche de réduction à la source, nous en produisons encore beaucoup.
Anecdote : lors de mon passage en juin 2023 avec un petit groupe d’activistes, on a pu discuter avec une salariée qui ne cachait ni sa fierté (la filière fait vivre des centaines de foyers), ni sa conscience du problème : “On innove, mais on part de loin…”.
Bâtiment et chauffage : tout neufs, pas si verts ?
On entend souvent dire que Strasbourg est un laboratoire de l’habitat durable (ce qui est vrai à travers les cohabitats et projets comme la Maison Éco à la Meinau !). Mais il ne faut pas oublier que le secteur du bâtiment pèse environ 30 % des émissions locales, notamment à cause du chauffage (Bilan PCAET 2021).
- Le chauffage urbain : même en partie alimenté par la biomasse (bois, pellets), il reste dépendant du gaz naturel.
- Les logements anciens restent nombreux : beaucoup sont mal isolés et très énergivores.
- L’immobilier tertiaire (bureaux, commerces, hôpitaux) consomme énormément d’électricité et de chauffage, en particulier sur l’axe Strasbourg-Kehl.
Il faut savoir qu’en hiver, lors des pics de consommation, plus de la moitié du gaz consommé à Strasbourg sert uniquement au chauffage résidentiel !
Consommation et services : les secteurs invisibles
Plus surprenant peut-être, parce qu’on pense rarement à les pointer du doigt : la restauration, la grande distribution et tout ce qui tourne autour de l’événementiel (les salons, congrès, foires). Leur part dans les émissions est moins massive (environ 5 à 10 %), mais loin d’être anodine, car souvent liée à l’électricité et au transport.
- Le marché de Noël, par exemple, attire plus de deux millions de visiteurs chaque année : ça fait du monde à loger, à nourrir, à déplacer !
- La grande distribution structure aussi beaucoup la logistique des camions et livraisons, même pour les produits locaux.
Point d’attention : la restauration rapide (et même certains restaurants typiques) mise encore beaucoup sur le jetable et les produits importés, ce qui alourdit leur bilan carbone.