Pourquoi le transport pèse lourd dans la balance ?

Si on regarde de près notre “bilan carbone” en tant qu’habitant·es de Strasbourg – ou d’une autre ville française, d’ailleurs – une des premières lignes qui saute aux yeux, c’est le transport. Selon les chiffres de l’ADEME (Agence de la transition écologique), le secteur des transports est, en France, le premier émetteur de gaz à effet de serre, devant le bâtiment ou l’industrie. À lui seul, il représente environ 30% des émissions nationales (source ADEME).

Ce poids est encore plus marqué quand on compte les déplacements du quotidien, ceux qu’on fait juste pour aller bosser, faire les courses, accompagner les enfants… Autre chiffre qui m’avait marquée en discutant avec une urbaniste de l’Eurométropole : à Strasbourg, près de 60% des trajets domicile-travail de moins de 3 km sont encore faits en voiture individuelle.

Alors, comment on allège la facture carbone sans bouleverser son emploi du temps ? J’ai testé, rencontré des gens qui s’organisent différemment, et j’ai rassemblé ici des pistes vraiment faisables, à Strasbourg ou ailleurs.

Redécouvrir la ville à vélo : des rues vivantes, moins de CO2

Si vous me croisez le matin, neuf fois sur dix, c’est en équilibre sur mon fidèle vélo, sac à dos rempli de légumes du marché. Strasbourg a souvent été citée en exemple pour ses pistes cyclables (saviez-vous qu’il y en a plus de 600 kilomètres dans l’Eurométropole ? France 3 Grand Est), mais parfois, le déclic manque.

L’idée derrière le vélo :

Chaque kilomètre fait à vélo au lieu de la voiture, c’est environ 250 g de CO2 évités (calcul de l’ADEME pour une voiture moyenne). Même si on ne remplace pas tous ses trajets, un ou deux dans la semaine, ça compte.

3 choses qui m’ont aidée à passer (plus) souvent à vélo :

  • Investir dans un bon antivol : C’est bête, mais c’est la base pour ne pas stresser au marché ou devant la médiathèque. À Strasbourg, on trouve même des ateliers associatifs (comme le Schlurch à la Meinau) où apprendre à réparer soi-même son vélo ou s’entraider.
  • Choisir ses itinéraires : La carte des “vélostras” (grandes pistes cyclables traversantes) est dispo gratuitement en mairie. C’est bluffant comme quelques détours rendent le trajet beaucoup plus agréable.
  • Penser à l’équipement : Lumières rechargeables, sacoche étanche, gilet fluo… pour moins redouter la pluie ou la nuit tombée. Petit bonus : beaucoup de plans communaux proposent “coup de pouce vélo” pour tester ou louer du matériel (cf. La Maison du Vélo).

Si on n’est pas prêt à tout faire à vélo :

  • Démarrer par les petits trajets : boulangerie, petits colis, aller chercher du pain ou une commande d’AMAP…
  • Tenter le “multimodal” : tram jusqu’à Robertsau en gardant le vélo plié pour la suite, ou vélo + train le week-end pour explorer.

Le tram et le bus ? Franchement, on sous-estime souvent leur pouvoir

Alors oui, les horaires peuvent coincer, et ce n’est pas toujours glamour aux heures de pointe. Mais pour réduire les émissions, le transport collectif reste imbattable. Selon la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), un tram transporte jusqu’à 300 personnes : le bilan carbone ramené au passager devient ridicule (autour de 4 g de CO2/km/personne), à comparer aux 200-250 g pour une voiture solo.

Une anecdote locale : la grève qui a tout changé…

Un matin, tram bloqué pour cause de grève surprise. Pas de panique : retour au bus, puis à vélo partagé. J’ai découvert au passage le service de location de vélos électriques “Vélhop” – et depuis, je n’ai jamais repris automatiquement la voiture en cas d’imprévu. Franchement, c’est plus simple que ça en a l’air de mixer les modes.

  • Pensez aux applis comme “CTS” ou “Moovit” : Elles aident vraiment à gagner du temps et éviter de se retrouver à attendre sous la pluie (testé et désapprouvé personnellement).
  • Petit plan pour les familles : À Strasbourg, l’abonnement CITIZ pour l’autopartage propose même des tarifs réduits si on combine avec l’abonnement bus/tram.

Covoiturage et autopartage : quand la voiture devient collective

On n’est pas tous logé·es à la même enseigne : en périphérie, certaines zones manquent encore (beaucoup) de solutions alternatives à la voiture. Là, le covoiturage, c’est souvent la solution “entre-deux” qui change la donne.

L’essayer, c’est l’adopter :

  • Pour les trajets réguliers (travail, école) : des applis comme Karos ou BlaBlaCar Daily mettent en relation voisins et collègues. En 2023, la Région Grand Est a même offert des primes pour les covoitureurs (Grand Est mobilité).
  • Pour les week-ends ou transports d’urgence, on pense à Citiz (autopartage), Yea! ou à Mobicoop qui, contrairement à d’autres, ne prend pas de commission (association coopérative).

Petit chiffre utile pour bingo famille : partir à trois dans une seule voiture, c’est tout de suite 60 à 70% de CO2 en moins par passager, d’après l’ADEME.

Marcher plus ? Même sur 500 mètres, ça compte

On l’oublie souvent : la moitié des déplacements en ville font moins de 2 km (source INSEE). Pourtant, qui n’a jamais pris la voiture pour un trajet d’un quart d’heure à pied ? Se donner le temps de marcher, c’est déjà réduire la pollution… sans même s’en rendre compte. En prime, les commerçants de quartier et les parcs font le plein de vie !

  • Repérer les “raccourcis piétons” : à Strasbourg, il y a un maillage de petites rues et passages entre les îlots, parfois méconnus. Les associations de quartier en tiennent souvent la carte.
  • Pour ceux qui hésitent : marcher jusqu’à la prochaine station de tram, c’est déjà une victoire, et souvent plus rapide que de tourner 10 fois pour une place de parking.

Changer d’organisation : astuces collectives et petits rituels

Ce qui marche (vraiment) pour celles et ceux que j’ai rencontrés ? Ce n’est pas que la technique ou le matériel, ce sont de nouveaux rituels partagés. À la Krutenau, un groupe de voisins s’est organisé pour emmener tour à tour les enfants à l’école à pied ou à vélo, ce qu’on appelle une pédibus ou une vélobus. Moins de voitures devant l’école, plus de liens, et des enfants qui arrivent le sourire aux lèvres.

Quelques trucs testés ou repérés :

  • Courses groupées : Partager une voiture avec deux voisins pour le gros plein du samedi matin, et faire le reste à pied ou à vélo en petites quantités plus souvent.
  • Réunions “sans déplacement” : Dans mon boulot, j’ai instauré un jour de télétravail : ça fait instantanément chuter deux allers-retours hebdomadaires (soit presque 120 km/mois économisés !).
  • Livraisons solidaires : Regrouper les commandes en AMAP ou en circuit court, et organiser une rotation pour aller les chercher (bonus : ça fait des rencontres autour d’un café ou d’une bière à la sortie du dépôt !).

Les petits gestes qui aident… et ceux qui changent tout

Parfois, l’impression qu’on ne peut “rien faire” rejoint une vraie difficulté à changer d’habitudes. Bonne nouvelle : chaque échelon compte. Voici quelques pistes concrètes, testées localement ou repérées auprès des lecteurs/lectrices du blog :

  1. Demander à son entreprise (ou asso, ou collectivité…) de rejoindre un Plan de Mobilité Employeurs :
    • Beaucoup d’employeurs proposent un “forfait mobilité durable” (jusqu’à 700€/an defiscalisés pour cyclistes, covoitureurs, etc.)
    • Certains organisent une flotte de vélos électriques ou payent une partie de l’abonnement CTS
  2. Tester le “droit à la déconnexion automobile” :
    • Laisser la voiture le dimanche, tester la vie de quartier autrement – à Strasbourg, certains boulevards sont piétonisés ponctuellement, renseignez-vous en mairie !
  3. Lancer un défi collectif :
    • Entre collègues, amis ou voisins : tenir 7 jours sans solo voiture, ou calculer le nombre de kg de CO2 évités à la fin du mois…
  4. Penser “moins loin, moins souvent” :
    • Partir en week-end à 50 km plutôt que de prendre l’avion, ou redécouvrir la Forêt-Noire (à 1h de train), c’est déroutant au début… mais franchement, pas besoin d’aller loin pour se sentir dépaysé.
  5. Donner le bon exemple aux plus jeunes :
    • Les écoles de Strasbourg participent à la Semaine de la Mobilité chaque septembre, avec rallyes vélo, challenges piétons, etc. Y participer en famille, c’est souvent plus simple qu’on croit.

Infos pratiques et ressources pour agir dès maintenant

  • Tester Vélhop : Service de location de vélos classique ou électriques, à l’année ou à la semaine (stations partout en ville).
  • Carte interactive des itinéraires vélo Strasbourg : Sur le site de l’Eurométropole, plans et calculateur d’itinéraires en accès libre ici.
  • Site de la CTS : Pour horaires et abonnements sur le site officiel.
  • CITIZ, autopartage local : Pratique pour qui n’utilise la voiture que de façon ponctuelle plus d’infos ici.
  • AMAP et circuits courts strasbourgeois : Liste disponible sur amap-strasbourg.org.

Et maintenant, à chacun sa route !

Changer ses habitudes de transport paraît parfois insurmontable quand on regarde la montagne du global, mais c’est la force des petits pas qui impressionne vraiment, quand on échange avec ses voisins ou qu’on voit ses enfants se précipiter à vélo sous la pluie, pour le plaisir. Ce n’est jamais parfait, rarement linéaire, mais chaque trajet compte – pour l’atmosphère, pour la ville, pour cette convivialité qu’on retrouve à Strasbourg et ailleurs.

Alors, que vous soyez déjà expert du vélo ou champion·ne du “bus + marche”, ou si vous hésitez encore à tenter un trajet autrement ce samedi, il y a sûrement une solution à portée de baskets ou de guidon. Et qui sait, le plus dur, c’est peut-être moins de polluer… que de rater toutes les belles rencontres en chemin.

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