Les grands axes : 5 chantiers pour transformer la ville
Maintenant, plongeons dans les cinq axes majeurs du Plan Climat strasbourgeois. J’en ai discuté avec plusieurs acteurs locaux – artisans, élus, associatifs – et tous s’accordent : les slogans, c’est bien, mais sur le terrain, on doit surtout mixer l’ambition et le concret.
1. Mieux respirer : agir pour l’air… sur nos boulevards et dans nos écoles
La qualité de l’air à Strasbourg, c’est un sujet sensible. On a tous croisé ces panonceaux de l’ATMO annonçant “qualité de l’air médiocre”, surtout près des axes comme l’avenue des Vosges ou l’autoroute A35.
- Zone à Faibles Émissions (ZFE) : ce “périmètre anti-voitures polluantes” mis en place depuis 2022 dans le centre et plusieurs quartiers proches (Koenigshoffen, Neudorf…) interdit petit à petit les véhicules les plus anciens, avec une tolérance pour les riverains jusqu’en 2028. Bonne nouvelle : les bus et camions Crit’Air 5 n’y circulent déjà plus.
- Actions dans les écoles : près de 75 établissements scolaires équipés de détecteurs de CO2 et purificateurs d’air (Source : Strasbourg.eu, 2023), et des zones de “rues scolaires” piétonnisées à l’arrivée et la sortie des classes (j’ai testé à Sainte-Aurélie, et franchement, ça change l'ambiance)
- Plantations urbaines : augmentation d’environ 10 000 arbres en cinq ans dans l’Eurométropole, notamment sur les voiries, dans les cours d’école et les parcs en requalification (par exemple, le parc de l’Étoile, un vrai havre de fraîcheur l’été)
Et pour les curieux qui voudraient voir si leur rue est concernée par la ZFE ou repérer les niveaux de pollution en temps réel, ATMO Grand Est propose une carte en ligne actualisée chaque heure : atmo-grandest.eu.
2. Sortir des énergies fossiles, pour de vrai
C’est LE pilier de la transition. À Strasbourg, 60 % des émissions de CO2 viennent encore du chauffage au gaz ou fioul (habitat et tertiaire, Source : PCAET Strasbourg 2022).
- Réseau de chaleur : grosse accélération : 200 km de réseau et 60 000 logements concernés en 2023, alimenté à plus de 70 % par de l’incinération de déchets et de la biomasse (bois, résidus agricoles). Cela fait de Strasbourg l’un des réseaux les plus “verts” de France, même si le débat sur les incinérateurs reste vif.
- Panneaux solaires et toitures végétalisées : plus de 90 établissements publics équipés depuis 2018 (écoles, piscines, centres sportifs). Dernière visite en date pour moi ? Le toit de la médiathèque André Malraux, où une installation photovoltaïque alimente en partie l’éclairage.
- Prime Rénov’ et aides à la rénovation énergétique : Strasbourg propose un accompagnement spécifique, avec la Maison de l’Habitat et de l’Énergie, pour aider les copropriétés à passer à la vitesse supérieure (plus de détails sur le portail local).
Bien sûr, tout n’est pas rose : le taux de rénovation “performante” avance lentement (moins de 1 % du parc chaque année). Mais ce qui marche ici, ce sont les démarches collectives – on compte déjà plus de 30 habitats participatifs engagés dans un mode de vie bas-carbone (notamment à l’Écoquartier Danube).
3. Manger local, soutenir une agriculture urbaine qui fait du bien
Grande évolution du Plan Climat version 2023–2030 : une place renforcée pour la souveraineté alimentaire locale. Parce que, oui, l’alimentation pèse lourd sur notre bilan carbone (jusqu’à 30 % des émissions d’un citadin). Alors Strasbourg met l’accent sur :
- Paniers, marchés et supermarchés coopératifs : plus de 14 AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), des marchés bio chaque semaine dans quasiment tous les quartiers et un supermarché participatif (Le Beau Lieu, à la gare).
- Fermes urbaines et jardins partagés : en 2023, plus de 200 jardins partagés décomptés par la Ville. J’en ai visité quelques-uns : à la Robertsau, des seniors et des écoliers cultivent côte à côte des framboisiers et de la ciboulette, le tout sans pesticides. Sur les toits (notamment au centre administratif), la production alimente de petites cantines de quartier.
- Restauration collective durable : la Ville s’est engagée à 50 % de bio/local dans les cantines d’ici 2026. Déjà, sur les 130 écoles publiques, près de 60 % servent des menus à forte composante locale (Source : Eurométropole de Strasbourg).
Petite astuce : si le compost vous tente, sachez que la carte des composts collectifs (une trentaine sur Strasbourg) est en accès libre sur le site Compostons (compostons.org). Ambiance conviviale garantie, y compris pour les débutants.
4. Réapprendre à se déplacer : moins polluer, plus relier
On ne va pas se mentir : à Strasbourg, la mobilité fait débat. Entre le vélo en essor et les bus/tram parfois saturés, pas toujours simple de garder le cap. Mais le Plan Climat a posé plusieurs pierres solides :
- Le vélo roi : Strasbourg confirme son statut de première “ville cyclable” de France, avec 640 km de pistes et bandes cyclables en comptant les périphéries (et plus de 110 km créés depuis 2019, Source : association CADR67). L’objectif du Plan Climat : monter à 16 % des déplacements à vélo d’ici 2030 (contre 11,4 % aujourd’hui).
- Transport en commun élargi : prolongement des lignes de tram jusqu’à la frontière allemande (Kehl) et vers de nouveaux quartiers ; nouveaux bus à haut niveau de service. L’objectif ? Doubler la part de la mobilité partagée (tram, bus, covoiturage, autopartage) en dix ans.
- Requalification de l’espace public : piétonnisation progressive du centre, nouveaux quartiers “apaisés” (Saint-Urbain, Citadelle…), et nouveau service “Allo Vélo” pour réparer son deux-roues gratuitement dans certains quartiers (c'est testé et approuvé par plusieurs cyclistes du Neuhof).
Selon l’INSEE, près de 50 % des Strasbourgeoises et Strasbourgeois habitent à moins de 10 minutes à vélo de leur travail. De quoi donner des idées, surtout avec le développement du “forfait mobilités durables” soutenu par la Ville pour les agents publics et certaines entreprises.
5. Refaire ville ensemble : adapter Strasbourg au changement
Changer la production d’énergie, c’est crucial, mais composer avec un climat qui change, c’est aussi se préparer à (et réparer) les coups durs. L’axe “adaptation” regroupe des actions qui parfois passent un peu inaperçues, mais qui font toute la différence à l’échelle d’une rue ou d’un quartier.
- Îlots de fraîcheur : multiplication des points d’ombre et fontaines dans les zones “chaleur urbaine” (focus sur Hautepierre et le port du Rhin). À l’été 2023, 44 écoles prioritaires ont vu leur cour “désimperméabilisée” et végétalisée (avec des retours hyper positifs des parents).
- Prévention des inondations et crues : travaux engagés sur certains affluents de l’Ill (marais restaurés à la Robertsau, zone de rétention sur la Bruche), et amélioration des prévisions avec Météo France et Vigicrues.
- Réseau d’entraide et de résilience locale : développement de “réserves citoyennes” (pour venir en aide aux plus fragiles lors des canicules, par exemple) et ateliers pour devenir plus autonome en quartier (j’ai moi-même participé à un atelier “atout eau en ville” avec l’association Les Petits Débrouillards – super accessible, même pour les novices).
On trouve aujourd’hui, sur le site de l’Eurométropole, une “carte des actions”, quartier par quartier, pour repérer ce qui a changé ou va bientôt l’être, des toits rafraîchis aux corridors de biodiversité plantés par les enfants (toutes infos sur : strasbourg.eu/plan-climat).