Le PCAET, c'est quoi ? Petit détour pour ne pas se perdre

Avant de filer sur le terrain, petite pause expli-utile : le PCAET est un outil imaginé par l’État (et rendu obligatoire pour toutes les grandes intercommunalités) afin de lutter contre le dérèglement climatique aux niveaux local et citoyen. À Strasbourg, ce plan va jusque 2030 et vise plusieurs choses concrètes : réduire les émissions de CO2 de 40% d’ici 2030 (par rapport à 1990), doubler la part des énergies renouvelables, améliorer la qualité de l’air et de l’eau, et impliquer directement… nous, les habitants (source : ville de Strasbourg).

  • Transports : moins de voitures individuelles, plus de vélo, de tram, de bus propres
  • Bâtiments : isolation, rénovation, nouveaux matériaux pour consommer moins
  • Nature en ville : arbres, zones humides, potagers partagés pour faire baisser la température (et le stress !)
  • Énergie : solaire, géothermie, bois… On mise sur la diversité et la décentralisation

L’idée ? Orienter les financements, accompagner les communes et passer à l’échelle supérieure. Mais sur le terrain, ça ressemble à quoi ?

À la Robertsau : entre canal, forêt… et micro-révolutions discrètes

La Robertsau, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est une sorte de village dans la ville, entre usines et jolies maisons, forêt de la Wantzenau et rives du Rhin. Sur le papier, on pourrait croire que tout est déjà “vert” ici. En vrai ? C’est plus complexe – comme partout. Depuis le lancement du PCAET, j’ai repéré quelques petites révolutions :

  • Le compostage partagé : entre l’avenue de la Marne et le parc de Pourtalès, plusieurs aires de compostage se sont installées. Ce sont des caisses en bois où chacun dépose ses épluchures, animées par des habitants bénévoles. D’après la Ville, plus de 150 sites de compost collectif fonctionnent aujourd’hui, dont huit à la seule Robertsau. Résultat : moins de déchets brûlés, du terreau pour les jardins partagés, et… des voisins qui se rencontrent à l’heure du café.
  • Troc et ressourcerie : Le coin a vu naître l’antenne locale de la “Ressourcerie du Neudorf” à la Robertsau (rue Adler). Chaque semaine, meubles, vaisselle et vêtements trouvent une nouvelle vie (et on économise production et transports !)
  • Groupes d’entraide solaire : J’ai suivi un atelier sur l’autoconsommation citoyenne – des gens du quartier qui se mettent ensemble pour installer des petits panneaux solaires, chacun sur son toit ou en partage. C’est modeste, mais la première toiture collective a été posée avenue de l’Ill en 2023 (voir Énergies Partagées)
  • Zones naturelles préservées : Grâce au classement de certains espaces, piloté dans le cadre du PCAET, la zone “Jardin du Château” est désormais protégée. Moins d’artificialisation, plus de couloirs pour les hérissons et les piafs, ce sont des actions concrètes pour la biodiversité.

Les habitants de la Robertsau, même ceux qui ne connaissent pas le terme “PCAET”, participent chaque année plus nombreux à la Fête de la Forêt et de la Nature. Je l’ai constaté : beaucoup y découvrent des alternatives simples, comme des ateliers pour filtrer l’eau de pluie, fabriquer son insect’hôtel ou réparer son vélo grâce à l’association Bretz’Selle (leur local est devenu le rendez-vous des cyclistes locaux !).

Le Neuhof : l’innovation sociale et verte dans un quartier populaire

Changement d’ambiance et de paysage : au Neuhof, entre grandes barres rénovées, potagers familiaux et ronds-points fleuris, la transition ne suit pas tout à fait les mêmes chemins. Ici, le PCAET a souvent été un prétexte (heureux) pour financer des projets d’insertion, d’énergie, ou de requalification des espaces publics.

  • Les jardins partagés du Neuhof Sud : Près de la rue de Soultz, une belle parcelle de terre a été réhabilitée avec l’aide de l’association Horizon Amitié et des financements liés au plan climat. Aujourd’hui : des dizaines de familles cultivent leurs légumes bio, apprennent le compostage ou l’apiculture urbaine. En 2022, 450kg de légumes ont été récoltés sur ces parcelles (source : DNA).
  • Rénovation thermique des écoles et logements sociaux : Ce quartier, pionnier de la rénovation BBC (Bâtiment Basse Consommation) à Strasbourg, a vu la transformation spectaculaire de l’école du Stockfeld : isolation refaite, panneaux solaires, ventilation moderne, cour végétalisée. Sur la ZAC Colmar, 320 logements sociaux ont déjà bénéficié d’une rénovation globale soutenue par le PCAET et l’Eurométropole (source : strasbourg.eu).
  • Voies vertes et mobilité douce : J’ai arpenté le fameux “mail du Neuhof”, l’une des pistes cyclables les mieux conçues du sud de la ville. Éclairages LED, stationnements vélos, signalétique… On a enfin l’impression de pouvoir traverser le quartier à vélo, même en famille.
  • Fresques murales et agir collectif : On ne pense pas toujours à l’art comme levier du PCAET, mais la grande fresque du centre socioculturel de la rue d’Erstein, réalisée par des jeunes, diffuse une culture du respect de la nature et de la diversité.

Ce qui ressort ? Au Neuhof, les habitants (et notamment les jeunes) s’impliquent dans la transformation “écologique et solidaire” parce qu’elle est palpable et très concrète : moins de factures de chauffage, des potagers pour manger mieux, de nouveaux espaces de jeu. À chaque fête de quartier, les ateliers upcycling attirent autant de monde que les food trucks !

Cronenbourg : sobriété, énergie locale et solidarités nouvelles

Cronenbourg traîne parfois une image “dortoir”, coincée entre voies ferrées et autoroutes. Mais c’est aussi ici que s’expérimente un paquet de solutions très pratiques, encouragées (et financées) par le PCAET.

  • Chaufferie bois du quartier Saint-Antoine : Depuis 2019, plus de 2 500 logements bénéficient d’un chauffage local, alimenté à 95% par du bois issu des forêts du bassin strasbourgeois. C’est la plus grande chaufferie biomasse urbaine de Strasbourg (source : strasbourg.eu).
  • Paniers solidaires et circuits courts : Chaque jeudi, dans la cour de l’école Jules-Ferry, une trentaine de familles récupèrent des paniers de légumes bio, produits en ceinture urbaine et à prix vraiment accessibles. Ce dispositif “Voisins solidaires” a été accompagné grâce au PCAET (avec l’association Accueil Sans Frontière).
  • Solidarité et partage d’énergie : Depuis fin 2022, six copropriétés se sont lancées dans l’autopartage d’électricité solaire : un même immeuble collecte l’énergie du soleil, qui est ré-injectée chez les voisins. C’est un système encore en rodage, mais qui pourrait servir de modèle ailleurs dans la ville.
  • Mobilité scolaire douce : Plusieurs écoles de Cronenbourg ont lancé des “Pédibus” : les enfants vont à l’école à pied, encadrés par des parents-bénévoles, pour éviter les embouteillages devant la grille et offrir une alternative à la voiture. En juin 2023, près de 120 enfants étaient inscrits sur l’un de ces parcours (contact via Réseau Pédibus Strasbourg).

J’ai participé à un de ces Pédibus : honnêtement, c’était joyeux, bruyant et… incroyablement efficace pour créer du lien entre familles du quartier.

Ce qui a changé dans la vie quotidienne… et ce qui coince encore

À force de discuter dans ces quartiers, j’ai relevé pas mal de points communs :

  • Davantage de lieux de rencontre écologique : ressourceries, cafés associatifs et ateliers compost n’existaient pas il y a 10 ans.
  • Un effet “voisins” : la transition entraîne, par le bouche-à-oreille, de nouvelles pratiques. On montre ses légumes bio ; on prête sa remorque vélo ; on se partage des recettes locales pour cuisiner moins gaspilleur.
  • Une fierté (relative !) d’habiter Strasbourg : même dans les quartiers populaires, le climat et la biodiversité sont devenus des sujets moins anxiogènes, plus positifs, une histoire de solutions quotidiennes.

Mais le PCAET, ce n’est pas magique. Beaucoup de gens s’y perdent encore parmi les sigles, ou regrettent le manque d’informations “grand public”. Sur le terrain, on constate que :

  • Certains chantiers patinent (retards dans la rénovation thermique de grandes copropriétés, complexité administrative, manque de moyens humains sur certains projets).
  • Les quartiers les moins favorisés, comme une partie de Cronenbourg ou du Neuhof, sont aussi ceux où la sensibilisation doit aller plus loin, pour éviter un décalage entre la “ville centre” très mobilisée… et le reste.

3 façons de s’impliquer (vraiment) près de chez soi

Si ce tour d’horizon vous donne envie d’agir ou juste d’en savoir plus, voici quelques idées très concrètes (et déjà testées !) à Strasbourg :

  1. Repérer le compost collectif le plus proche : La carte est disponible sur le site de la ville. Beaucoup d’animateurs recherchent des bénévoles. On peut s’y inscrire, ou juste déposer ses épluchures pour commencer.
  2. Participer à une réunion de quartier sur l’énergie solaire citoyenne : L’association Énergies Partagées accompagne chaque mois de nouveaux groupes. C’est ouvert, même sans aucune compétence technique.
  3. Tester un groupe “pédibus” ou une action de pédago-écolo à l’école : Plusieurs écoles cherchent des parents pour animer ces groupes ou démarrer une cantine bio (infos : réseau Pédibus, strasbourg.eu).

Et demain ? Les quartiers strasbourgeois dans la transition, au ras du trottoir

Ce qui frappe, en allant à la rencontre des habitants, c’est la capacité de Strasbourg à inventer des modèles locaux, modestes mais réplicables, où chacun joue sa partition. Grâce (ou à cause ?) du PCAET, beaucoup d’actions qui restaient “dans l’ombre” il y a cinq ans sont désormais mieux visibles, mieux soutenues – même si tout n’est pas simple, et que la route est encore longue.

J’aime cette idée : à Strasbourg, “Grand Plan” ne rime plus (seulement) avec expertise et gros budgets, mais plutôt avec jardinage entre voisins, chaleur partagée, énergie produite tout près d’ici. La transition écologique n’est pas affaire de héros mais de collectifs : c’est dans le tram, dans la cour de récré ou entre deux réunions parents-profs qu’on la construit.

Alors si parfois on doute, jeter un œil sur ce qui fleurit à la Robertsau, sur les toits du Neuhof ou dans une cour de Cronenbourg… ça remet un peu de courage dans le quotidien. À partager sans modération, histoire de semer des idées dans toutes les rues.

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