Strasbourg, le 24 juin 2020

Monsieur le président de la CCI, Monsieur le président de la CMA,

Nous avons pris connaissance avec une grande attention de votre tribune publiée dans les DNA le 19 juin concernant l’urgence économique et sociale.

Comme nous avons eu l’occasion d’en échanger lors de nos rencontres, nous sommes très attachés à la vitalité économique de notre territoire, qui est en lien évident avec sa santé sociale. Nous sommes profondément préoccupés par la violence de la crise économique consécutive à la crise sanitaire, que les données publiées par l’Adira ces derniers jours permettent de mesurer : près de 35 % de perte d’activité pour les entreprises de l’Eurométropole en avril, encore 33 % au 7 mai ; le nombre de demandeurs d’emploi sur la zone d’emploi de Strasbourg a augmenté de 3,7 % d’avril 2019 à avril 2020, et de 26,6 % pour la catégorie A. Et nous savons que les conditions de la reprise sont lourdes en contraintes qui pèsent sur la rentabilité des entreprises de la plupart des secteurs, laissant craindre une forte augmentation des défaillances.

Des mesures d’urgence sont nécessaires

C’est pourquoi nous avons intégré des mesures d’urgence à notre programme pour soutenir l’économie locale :

  • Créer un fonds d’urgence de 2 millions d’euros pour aider les commerçants et artisans locaux à se relever de la crise
  • Soutenir les filières locales de production et d’approvisionnement de produits sanitaires (masques, gel hydroalcoolique, produits pharmaceutiques…)
  • Mettre en place un interlocuteur unique pour conseiller les entreprises, artisans et associations et leur permettre d’accéder à tous les leviers disponibles, dont le micro-crédit
  • Donner accès aux acteurs économiques à des informations précises sur la commande publique et leur permettre d’anticiper les embauches d’apprentis à la rentrée 2020
  • Soutenir les agriculteurs et agricultrices et maraîcher·es locaux par la mise en place de points de vente directe et autres circuits de distribution
  • Mettre à disposition des espaces de travail pour les entrepreneurs et entrepreneuses, et pour celles et ceux qui portent des projets d’activités innovantes et durables
  • Mobiliser tous les acteurs du territoire pour co-construire un pacte pour une économie locale durable

Vous pouvez compter sur nous pour agir à vos côtés, pour faire face à la crise et pour développer une économie locale durable

Vous attendez de vos élus de la solidarité, du courage, de l’audace et de l’agilité en matière d’innovation pour faire face aux défis de l’économie de proximité et affronter l’urgence économique et sociale : nous en avons et vous pouvez compter sur nous pour agir à vos côtés pour faire face à la crise et pour développer une économie locale durable, moteur de création d’emplois de qualité et d’avenir.

Vous souhaitez pouvoir peser dans les décisions : c’est aussi notre volonté, faire ensemble, faire avec vous, conformément au pilier démocratique de notre programme.

Nous nous rejoignons évidemment aussi quand vous rappelez que l’environnement est un enjeu majeur qui nous concerne tous. Nous l’avons évoqué ensemble, nous connaissons et saluons l’engagement de nombreuses entreprises du territoire et de vos deux chambres en faveur d’un développement plus responsable, certaines d’entre elles ayant même été pionnières en France. C’est un socle solide sur lequel nous pouvons conjointement nous appuyer pour entraîner l’ensemble des entreprises et aller plus loin dans ces démarches plus que jamais nécessaires.

Concernant les mobilités, leur intensité est le reflet de l’étroite imbrication de la ville avec son territoire environnant : nous devons concilier à Strasbourg les déplacements des habitants pour leur vie quotidienne, ceux des personnes résidant hors de la métropole qui viennent y travailler tout comme des artisans intervenant auprès des habitants et des entreprises implantées en ville, ceux des touristes ainsi que les flux de marchandises, le tout dans le respect de la sécurité et de la santé de tous. Chaque mode de déplacement a sa place dans cette construction, il ne s’agit pas de substituer un « tout vélo » au « tout voiture ». Et c’est précisément pour permettre à ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture pour accéder en ville de pouvoir le faire, qu’il s’agisse d’artisans transportant du matériel ou de personnes ayant des difficultés de mobilité, que toutes les alternatives possibles doivent être mises en place et que l’afflux de voitures en ville ne doit pas être encouragé.

Nous partageons enfin totalement votre vision d’une économie qui intègre pleinement les jeunes générations. Nous sommes convaincus du potentiel de création d’emplois de notre territoire, dans des filières telles que la rénovation thermique du bâti, l’agriculture urbaine, la construction en matériaux bio-sourcés, le numérique à impact écologique maîtrisé, l’artisanat et l’économie circulaire. Nous sommes particulièrement attentifs aux structures de l’économie sociale et solidaire et au secteur de l’insertion, qui à la fois rendent des services utiles à tous et permettent à des jeunes et à des personnes éloignées de l’emploi de se former et de construire un projet professionnel.

Concernant les 10 propositions de la CCI & CMA

Nous souhaitons vous faire connaître notre position quant à vos dix propositions phares :

  1. Une stratégie économique de moyen et long termes, associant étroitement le monde économique :

OUI, c’est exactement le sens du Pacte pour une économie locale durable que nous souhaitons engager avec l’ensemble des acteurs du monde économique.

  1. Une concertation étroite sur le déploiement d’une Zone à Faibles Émissions (ZFE), prenant naturellement en compte les enjeux environnementaux mais aussi les contraintes des entreprises, notamment en termes de mobilité :

OUI, la ZFE a été votée et est indispensable pour réduire la pollution atmosphérique qui dépasses aujourd’hui, de façon permanente, les seuils tolérables pour la santé ; sa mise en œuvre se fera en concertation avec l’ensemble des acteurs, notamment le secteur artisanal pour qui l’offre de véhicules zéro ou faible émission correspondant à ses besoins spécifiques n’existe pas encore. La collectivité, qui elle aussi pour ses propres besoins recourt à des véhicules utilitaires, est prête à s’associer à l’ensemble des acteurs concernés pour stimuler la recherche-développement en ce domaine et peser vis-à-vis de la filière automobile pour permettre l’émergence d’une offre accessible de véhicules de nouvelle génération.

  1. La création d’une Halle Gourmande, lieu de promotion, de découverte des métiers et de vente de l’excellence et de la proximité :

OUI, nous sommes favorables à un tel projet.

  1. Un travail collaboratif entre les autorités municipales et les représentants de l’économie sur les mobilités en centre-ville (zones de rencontre, stationnement en voirie, cohabitation piétons-vélos-voitures, construction d’un parking en ouvrage à proximité du centre-ville…) :

OUI, à un point près : nous ne souhaitons pas de nouveau parking en immédiate proximité du centre-ville, nous prévoyons en revanche la construction de 3 parkings relais aux portes nord, ouest et sud de l’Eurométropole, desservis par les transports en commun et pourvus d’une large offre de mobilité (taxi, auto-partage, vélo, vélo à assistance électrique…) ainsi que de services tels que points de livraison et conciergeries.

  1. L’accompagnement de l’accès à l’innovation pour les commerces et les artisans, particulièrement pour les TPE-PME :

OUI, nous sommes particulièrement attentifs à la numérisation des commerces et entreprises artisanales, que nous souhaitons accompagner en collaboration avec vos équipes ; nous souhaitons également favoriser l’accès des petites entreprises aux marchés publics.

  1. La mise en place d’un système de cagnottage (cash-back) pour remercier les consommateurs de leur fidélité et leur donner envie de (re) venir en centre-ville :

PEUT-ÊTRE : nous souhaitons comme vous soutenir le commerce de notre ville, celui du centre comme celui de l’ensemble des quartiers ; pourquoi pas avec un système de cagnottage, d’autres formes de soutien pouvant aussi être envisagées pour favoriser l’achat local de produits locaux.

  1. Le maintien de la gratuité du stationnement en centre-ville entre 12 h et 14 h :

NON, ce ne serait pas cohérent avec le projet d’une ville plus respirable et plus accessible pour ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture. En revanche, nous prévoyons la gratuité du transport public tous les samedis cet été pour favoriser le retour dans les commerces et restaurants.

  1. La défense et la promotion de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim, équipement structurant, au service de l’accessibilité, du rayonnement du territoire et de Strasbourg Capitale Européenne :

OUI, AVEC MESURE : l’aéroport est utile, parmi les autres modes de transport, à l’accessibilité de la ville pour son rôle politique, les déplacements d’affaires et le tourisme, il doit être maintenu pour les trajets pour lesquels il est pertinent.  La priorité voire l’exclusivité doit être donnée au train pour toutes les distances jusqu’à 3h et l’accès aux grands aéroports internationaux du bassin rhénan doit être favorisé.

  1. La préservation du Port Autonome de Strasbourg comme un acteur majeur et le premier pourvoyeur d’emplois du territoire, en garantissant notamment son accessibilité :

OUI, le port est une chance pour Strasbourg et notre ville a une responsabilité vis-à-vis de tout l’hinterland qu’il dessert. Nous accompagnerons la transition écologique des entreprises qui y sont implantées et étendrons à d’autres bassins d’activité la démarche d’écologie industrielle qui y est mise en place. Améliorer l’accessibilité du port en diversifiant les modes d’accès est indispensable à la fois à la fluidité de l’activité économique et à la santé et la tranquillité des riverains. Nous voulons, pour l’accès des salariés, remettre en service, en lien avec la SNCF et la Région, la gare du Port du Rhin et augmenter l’offre de transport collectif. Pour les marchandises, nous développerons les alternatives à la route : livraison urbaine par barges sur l’Ill, navette de ferroutage depuis la gare de Hausbergen, étude d’un bac PL depuis Gambsheim, aménagement de la gare de Hausbergen ou de Cronenbourg ou du Port pour accueillir des convois de ferroutage en provenance d’Espagne, du Luxembourg ou d’Europe centrale.

  1. L’accroissement du rayonnement international de Strasbourg afin d’en développer, en insistant sur la forte création de valeur ajoutée, l’économie touristique créatrice d’emplois non délocalisables et facteur important d’insertion et d’évolution sociale :

OUI, nous voulons conforter et développer l’emploi non délocalisable et soutenir l’insertion sur notre territoire, dans le tourisme et aussi dans l’ensemble des filières d’avenir citées plus haut (rénovation thermique du bâti, agriculture urbaine, construction en matériaux bio-sourcés, numérique à impact écologique maîtrisé, artisanat, économie circulaire, secteur de l’insertion par l’activité économique). Nous souhaitons renforcer le rayonnement international de Strasbourg, capitale européenne et transfrontalière, en misant sur ses atouts, notamment l’excellence de sa recherche universitaire et ses pôles de compétitivité, la qualité de ses institutions culturelles et la vitalité de l’offre culturelle, et en faisant de Strasbourg une référence en France d’une transition écologique, solidaire et citoyenne exemplaire.

C’est en étroite concertation avec les acteurs économiques que nous voulons mettre en place ce projet et nous nous réjouissons de la perspective d’y travailler très prochainement avec vous.