par Soraya Ouldji, Carole Santamaria et Christelle Wieder, colistières de Jeanne Barseghian

La crise sanitaire et le confinement ont eu un impact majeur sur l’éducation de nos enfants, dont la majorité n’est pas allée à l’école depuis deux mois. Nous saluons la patience et les efforts de nos enfants qui ont été affectés par un changement inédit de leur rythme de vie.

Nous sommes reconnaissant·es envers les enseignant·es qui ont assuré un lien entre les familles et l’école depuis le début du confinement et pendant cette période de reprise. Le retour à l’école reste une priorité pour permettre à tous les élèves d’étudier dans de bonnes conditions et de retisser des liens avec leurs camarades et enseignant·es. Alors que l’école reprend de manière très progressive dans notre ville, des décisions courageuses doivent être prises pour améliorer l’accueil des enfants et préparer la rentrée de septembre.

Accompagner la reprise progressive de l’école

A Strasbourg, le retour à l’école n’est que partiel pour de nombreux élèves, accueillis deux jours par semaine seulement. Cette information, arrivée tardivement dans les familles, déclenche d’importants problèmes de conciliation avec la vie professionnelle des parents. Les modes de garde sont non seulement difficiles à trouver mais, s’ils existent, peuvent occasionner de nouveaux contacts entre enfants, et donc de nouvelles contaminations.

Dans ce contexte, une partie importante du travail scolaire continue donc à se faire à distance, en creusant encore davantage les inégalités entre les familles. Pour y remédier, l’implication de relais individuels auprès des élèves doit être favorisée (étudiant·es, services civiques, personnels des CSC) ainsi qu’un accès à un matériel informatique.

Améliorer l’accueil des enfants à l’école

Les nécessaires précautions à prendre pour limiter la propagation du virus ne doivent pas se faire au détriment de la santé physique et psychique de nos enfants.

Nous devons garantir l’efficacité sur le virus mais aussi l’absence de nocivité des produits utilisés pour le nettoyage des locaux pour les humains et l’environnement. De même, nous devons proposer à nos enfants un nettoyage des mains à l’eau et au savon plutôt qu’au gel hydroalcoolique, fortement déconseillé car il provoque des irritations en usage régulier et peut contenir des perturbateurs endocriniens ! Par ailleurs, la crise ne doit pas conduire à un retour en arrière : les efforts en matière de cantines sans plastique doivent être poursuivis jusqu’à l’objectif zéro plastique, y compris pendant la période transitoire pendant laquelle des repas froids sont proposés aux enfants. En outre, les agent·es d’entretien qui œuvrent dans les écoles de la ville doivent être formé·es, rémunéré·es et reconnu·es à la hauteur du travail qu’ils et elles effectuent chaque jour pour garantir la sécurité de nos enfants.

L’accueil des enfants est soumis à de nombreuses contraintes relatives notamment à la distanciation physique et qui peuvent être, hormis un réel obstacle à l’acquisition des compétences pourtant essentielles de sociabilisation, une  source de stress pour les enfants, parents et le personnel enseignant chargé de les faire respecter. Nous devons engager la réflexion sur l’allègement des conditions de distanciation physique, notamment pour les plus jeunes.[1]

A l’approche de l’été, les écoles pourraient ainsi bénéficier des espaces verts présents dans la ville, pour éveiller les enfants à la nature et favoriser l’activité physique des élèves, dans un environnement qui limite les risques de transmission du virus. La réouverture des parcs, avec des horaires ou des endroits réservés pour les scolaires, devrait faire partie de cette stratégie de reprise progressive de l’école. Les écoles accueillent actuellement un nombre restreint d’élèves et les conditions météo sont favorables, créant les conditions pour expérimenter ces « classes du dehors » à Strasbourg.

Afin de permettre aux élèves et à leurs parents des entrées et sorties d’école en toute sécurité, des « rues scolaires » doivent être aménagées rapidement. Il s’agit d’interdire la rue où se trouve l’école à la circulation automobile, pour permettre de respecter la distanciation physique aux horaires d’entrée et de sortie des enfants et les protéger de la pollution automobile. Des rues scolaires ont déjà été expérimentées, généralisons-les !

Préparer l’année scolaire à venir

A moyen terme, et à partir de la rentrée de septembre, c’est un grand plan d’égalité éducative que nous devrons mettre en œuvre, afin de garantir à tous les élèves de bonnes conditions d’études. La lutte contre les inégalités sociales à l’école et contre le décrochage scolaire sera au cœur de cette stratégie, qui doit spécifiquement prendre en charge les élèves les plus fragiles. Outre le dispositif « écoles ouvertes », proposé l’été par l’éducation nationale, des partenariats entre écoles, CSC, associations, services civiques sont susceptibles d’apporter l’aide nécessaire pour aborder la rentrée de septembre sereinement.

Enfin, le confinement a renforcé la nécessité d’éduquer au numérique. Trois axes de travail seront étudiés : veiller à un équipement informatique suffisant dans les écoles, garantir l’intervention de référents numériques auprès des écoliers, proposer des « coins info » dans les CSC pour pallier le manque d’équipement de certaines familles.

[1] Article DNA, 22 mai 2020, « Les pédiatres veulent des données pour préparer la prochaine rentrée » : https://www.dna.fr/techniques/2020/05/22/favorables-au-retour-a-l-ecole-les-pediatres-veulent-des-donnees-pour-preparer-la-prochaine-rentree