Par Soraya Ouldji et Floriane Varieras, citoyennes et colistières de Jeanne Barseghian (Strasbourg Écologiste & Citoyenne), Sevil Cakmak et Elena Suzat, membres de l’Assemblée citoyenne

La crise sanitaire a exacerbé les inégalités, créé des injustices et entraîné une hausse des violences intrafamiliales. Simple désagrément pour certain·es, le confinement a pu être une épreuve difficile et stressante, voire un enfer sans échappatoire ni possibilité d’appeler à l’aide pour beaucoup trop de femmes et d’enfants.

A Strasbourg et dans l’Eurométropole, comme ailleurs, les associations font face à un fort afflux de victimes et se préparent à en accueillir d’autant plus au déconfinement. Que pouvons-nous proposer pour répondre à cette urgence absolue et prévenir ces situations ?

Triple journée pour les femmes

Les femmes sont en première ligne durant cette pandémie. Au travail, elles assurent la majorité des services essentiels : soignantes, caissières, travailleuses sociales, agentes d’entretien, enseignantes, couturières… À la maison, souvent en télétravail, elles se chargent majoritairement des tâches domestiques et de la charge mentale, décuplée durant ce huis-clos. Notamment parce que la triple journée des femmes comprend désormais la « continuité pédagogique », encadrée en priorité par les mères. Cette situation est encore exacerbée dans les familles monoparentales, représentées à plus de 80% par des femmes.

Un huis-clos mortel

Si le foyer est bel et bien toujours le premier lieu d’exploitation des femmes, il est aussi sans aucun doute le premier lieu de danger de mort : trop nombreuses sont celles qui vivent des violences sans échappatoire durant cette crise. Selon le ministère de l’Intérieur, nous faisons face à une hausse de plus de 32% des violences masculines à l’encontre des femmes dans le cadre familial. Les enfants, souvent co-victimes, ne sont pas épargnés par cette explosion de violences, quelques fois mortelles. En avril, les signalements pour maltraitances sur enfants ont fait un bond de 80% par rapport à une période non confinée ! Et des ONG ont relevé une hausse de plus de 100% de signalements de contenu pédopornographique depuis la mi-mars. Aussi, un rapport du Défenseur des Droits basé sur l’enquête Virage (INED, 2015) signale que les petites filles et les jeunes LGBT+ sont les plus touché·es par les violences intrafamiliales.

En dehors des foyers, ces sont les enfants qui ont été discriminé·es dès le début du confinement, de nombreux commerces leur ayant été interdits d’accès. Le Défenseur des Droits a alors appelé à respecter la loi et les droits de chacun·e quel que soit son âge. Ces pratiques illégales ont entraîné des souffrances pour les enfants stigmatisés, et des difficultés supplémentaires pour certaines familles, notamment monoparentales. Nous devons être vigilant·es pour que la crise sanitaire ne justifie pas des discriminations illégales.

Image par Alexandra Haynak (Tsukiko Kiyomidzu)

Cinq fois plus de signalements qu’avant le confinement

En réponse, le gouvernement a mis en place, en plus des numéros d’urgence 3919 et 119, d’autres moyens de signalements : par une plateforme en ligne ou par SMS et en pharmacies. La Ville de Strasbourg a communiqué ces informations et continué la mise en place des protocoles habituels pour la prise en charge des victimes. Les services d’écoute et d’accueil sont submergés et cela a entraîné une multiplication par quatre des interventions des services de police et de gendarmerie.

Justice ralentie

L’éventail des réponses pénales s’est réduit durant le confinement. Ainsi, les dispositifs comme les ordonnances de protection des victimes sont peu mis en place et les incarcérations sont également différées pour éviter la promiscuité en prison !

Aujourd’hui, malgré ces hausses des violences signalées et constatées, on observe une baisse de plus de 45% des dépôts de plaintes. Ajoutons à cela qu’un bon nombre de victimes, trop jeunes ou trop isolées, n’ont certainement pas pu réaliser de signalement, il est alors fort probable qu’à la sortie du confinement nous ferons face à un afflux de nouvelles victimes.

Quels dispositifs seront mis en place pour repérer, accueillir, écouter, accompagner, protéger et souvent héberger ces nombreuses femmes et ces enfants qui se présenteront ? Comment ne pas répéter ces situations si un reconfinement devait advenir ?

Image par Alexandra Haynak (Tsukiko Kiyomidzu)

Afin d’agir contre et prévenir cette urgence absolue, nous proposons :

  • L’embauche immédiate d’une nouvelle chargée de mission droits des femmes et égalité de genre à la Ville de Strasbourg
  • Un fort soutien financier supplémentaire aux associations locales en premières lignes face à ces hausses de violences pour répondre à leurs besoins
  • 50 places supplémentaires d’hébergement d’urgence avec accompagnement pour femmes avec ou sans enfants
  • Des actions pour renforcer la formation aux processus de violences intrafamiliales à destination de l’ensemble des corps de métier en contact avec des potentielles victimes (policier·es, enseignant·es, médecin, pharmacien·nes, avocat·es…)
  • Des actions permettant d’aller à la rencontre des victimes potentielles : que la police municipale contacte et, au besoin, rende visite aux foyers dans lesquels des violences intrafamiliales ont déjà été signalées. Ce dispositif est déjà en place dans d’autres villes ; que soit proposé aux enseignant·es de contacter leurs élèves au moins une fois durant le confinement pour faire le lien avec l’extérieur
  • Une communication plus massive des dispositifs de signalement et des lieux d’accueil et d’écoute sur les arrêts de bus, les vitrines de commerces, les tickets de caisse…

Notre solidarité et notre vigilance sont plus que jamais nécessaires pour répondre ensemble à l’urgence sociale à laquelle nous faisons face. Cette pandémie mondiale, nous a particulièrement atteint, nous, Strasbourgeois·es. Mais elle n’est pas la cause de ces violences aujourd’hui exacerbées. À nous, militant·es, élu·es, citoyen·nes, de les reconnaître et de nous donner les moyens d’y mettre fin.