Un contexte alsacien favorable — mais pas (encore) champion

À Strasbourg, on a de la chance sur un point : l’Alsace est une région où le soleil n’est pas aussi rare qu’on le prétend, la plaine du Rhin apporte son lot de vent, et l’eau circule en force entre les bras de l’Ill et du Rhin. Pourtant, l’histoire énergétique locale est longtemps restée très “classique”. L’électricité d’origine renouvelable n’a commencé à décoller que vers 2010, sous l'impulsion des collectivités, de quelques pionniers... et de beaucoup d’assos déterminées !

  • En 2023, près de 16% de l’électricité consommée dans l’Eurométropole était d’origine renouvelable (source : Eurométropole de Strasbourg/observatoire local de l’énergie).
  • Pour la production locale, le solaire a connu une croissance de +52% en cinq ans (2018-2023), mais partait de loin.
  • L’objectif affiché par la collectivité : 30% d’électricité renouvelable d’ici 2030, avec un cap ambitieux pour le solaire, l’éolien, la géothermie et la petite hydroélectricité.

Trois grandes filières sous la loupe (et comment elles s’installent chez nous)

1. Solaire : des toits qui changent d’allure… et d’usage

Samedi matin. Je grimpe sur le toit du gymnase de la Meinau avec un technicien de Énergie Partagée Alsace. Autour de nous, 800 m² de panneaux solaires trônent à côté des oiseaux qui nichent… La scène résume ce qui démarre un peu partout : écoles, ateliers municipaux, immeubles de bailleurs sociaux, maisons individuelles, rien n’échappe à la vague du “photovoltaïque à la strasbourgeoise”.

Quelques chiffres et infos clefs :

  • Plus de 480 installations solaires recensées sur “Open Data Strasbourg”, soit plus de 20 mégawatts puissances cumulées.
  • La très grande majorité sont des “petites toitures”, mais quelques “centrales citoyennes” changent la donne, comme celle du parc du Heyritz ou de la médiathèque Malraux.
  • À Schiltigheim, une école produit 60% de son électricité annuelle grâce à 150 panneaux installés avec le collectif L’Alsace ÉnergY Citoyenne (lien inverser).

L’idée derrière ? Mettre à profit tous les toits inutilisés. Des plateformes d’accompagnement existent (comme Énergie positive Strasbourg) pour aider un syndic ou une petite copro à s’y mettre. Franchement ? C’est plus simple qu’on croit, d’autant qu’il existe des subventions, des conseils gratuits — et même des collectifs citoyens qui proposent de porter l’investissement à plusieurs (exemple : Énergie Partagée).

2. Éolien : le vent souffle aussi… mais discrètement

À Strasbourg même, pas d’énormes mats dans l’horizon. Mais… en s’éloignant de quelques kilomètres, la couronne périurbaine alsacienne commence à voir pousser de vrais projets d’éoliennes. Dambach-la-Ville, Bas-Rhin Nord ou Benfeld en sont les têtes de file, et une partie de cette énergie vient alimenter l’agglomération.

  • 6 parcs éoliens (principalement dans l’Outre-Forêt et les Vosges du Nord), avec près de 60 éoliennes recensées en 2024 (source : ADEME).
  • Le potentiel “intra Strabourg” est limité par l’espace, la biodiversité urbaine… mais des études récentes, portées par l’Eurométropole, envisagent des “mini-éoliennes” urbaines sur certains toits industriels ou écoles (phase test, à suivre en 2024-2025).
  • Un collectif citoyen, Éoliennes Citoyennes Alsace Centrale, démarre une campagne pour des parcs où les habitants sont copropriétaires à 40% au minimum.

3. Hydroélectricité et géothermie : des pistes à l’alsacienne

On ne va pas se mentir, le Rhin, le canal du Rhône au Rhin, la Bruche, la Zorn… Ici, l’eau est partout. Et l’hydroélectricité fait partie du paysage : certes, le barrage d’Iffezheim (côté allemand) n’est pas tout à fait “chez nous”, mais il alimente une grande part de l’Eurométropole (source : EDF – données 2023). Côté petites centrales, la papeterie Lana à Strasbourg-Koenigshoffen fait figure d’historique, avec bientôt une réhabilitation prévue.

Idée moins connue : la géothermie. Strasbourg expérimente la chaleur retrouvée à 2 500m de profondeur sous Vendenheim. La centrale géothermique, fermée en 2021 après des microséismes, repositionne la filière sur des projets de “géothermie de surface”, plus douce, pour chauffer durablement certains quartiers neufs (ex. programme Danube, Ecoquartier Deux-Rives). Dossier à suivre de près.

Transition énergétique : ce qui bouge grâce aux habitants

Là, le récit devient vraiment inspirant. Parce que la vraie nouveauté, c’est que la transition énergétique n’est plus une affaire de technocrates. À Strasbourg, de plus en plus d’initiatives citoyennes prennent la main sur les projets. Associations, collectifs de voisins, communs énergétiques… on devient acteurs du changement, et pas juste “usagers”.

  • Centrales villageoises Strasbourg Eurométropole : 14 toits d’écoles/co-pros équipés en solaire depuis 2019, portés, financés et gérés par un collectif de riverains ! Si vous cherchez un projet à rejoindre, c’est par ici (lien plateforme participative).
  • Start-up et associations locales proposent de monter des “composts énergétiques” collectifs, à la Robertsau et au Neudorf. Le principe ? Chauffer une serre, une salle commune… avec la chaleur du compost ! (Testé par l’asso Compostelle Strasbourg.)
  • Des AMAP de l’énergie : c’est tout nouveau, à la Krutenau, où un collectif propose un abonnement à l’électricité locale et verte… (pas de légumes cette fois, mais quelques watts partagés).

Les défis qui restent (et ceux qu’on relève au quotidien)

Je ne vous fais pas l’article parfait : Strasbourg reste encore loin d’être un eldorado 100% renouvelable. Mais ce qui frappe, c’est le dynamisme local… avec, bien sûr, une série de défis à surmonter.

  • L’enjeu du foncier et des “toits plats”: Pas simple de convaincre certains syndics ou bailleurs ! Mais les exemples récents (Hautepierre, Neuhof, Port du Rhin) montrent que c’est possible si on s’y met à plusieurs.
  • Les questions techniques: raccordement au réseau, impact sur la biodiversité urbaine, coût d’installation, etc. L’ALEC (Agence locale de l’énergie et du climat de Strasbourg) aide à démêler tout ça gratuitement.
  • La sobriété collective: produire de l’énergie locale, c’est super – mais l’utiliser mieux, c’est encore plus malin. Programmes d’économies d’énergie dans les écoles, les bureaux, et même chez les commerçants du centre-ville (testé dans trois rues du centre en 2022 : résultats disponibles sur le site de l’Eurométropole).

À tester ou à rejoindre près de chez vous : 5 adresses incontournables

  • ALEC Strasbourg : un conseil, un devis, une visite avant de vous lancer ? Leur permanence à la Les Halles est imbattable pour les questions énergétiques (site : alecstrasbourg.fr).
  • Centrales Villageoises Strasbourg : pour participer à un “toit solaire partagé”.
  • Énergie Partagée : acteur national implanté localement, pour co-financer ou co-créer un projet près de chez soi.
  • Association Compostelle : si le compost énergétique vous intrigue.
  • Groupement d’Achat Énergie Strasbourg : pour négocier son contrat “100% vert Alsace” avec d’autres voisins.

Quelques chiffres locaux qui donnent du baume au cœur

  • Sur la seule année 2023, le nombre de productions collectives d’énergie renouvelable a été multiplié par 2,5 dans l’Eurométropole (observatoire OREGA, publié en février 2024).
  • L’école de la Meinau a réduit sa facture d’électricité de 43% en 18 mois, tout en impliquant élèves et parents sur la question du “kilowatt citoyen”.
  • Près de 380 emplois locaux créés dans l’économie des renouvelables, côté Strasbourg, selon la CCI Alsace Eurométropole, sur la période 2021-2023.

Pour aller plus loin : ressources locales à découvrir

Site Ressource
ALEC Strasbourg Conseils gratuits, ateliers, simulateurs d’installations
Énergie positive Strasbourg Appels à projets, infos copropriétés, subventions
Centrales Villageoises Strasbourg Toits solaires partagés, collectif citoyen
Énergie Partagée France Carte des projets citoyens en France et Alsace
ADEME / Assises de la transition – Strasbourg 2024 Rencontres, conférences, ressources techniques

Regarder la ville sous l’angle de l’énergie partagée

Strasbourg n’est peut-être pas encore la capitale verte de l’électricité citoyenne, mais voilà : quand on tend l’oreille et qu’on lève la tête, on perçoit un vrai frémissement. Un enthousiasme, aussi, à se réapproprier la question énergétique, non pas comme des techniciens de labo, mais comme des voisines et des voisins qui veulent un quartier plus sobre, autonome, collaboratif. L'énergie renouvelable, chez nous, c’est quelque chose de vivant : ça s’apprend, ça s’expérimente, ça se partage (et parfois, ça se rate aussi, mais on recommence…)

Alors si l’envie vous prend d'essayer, de rejoindre un collectif solaire, de proposer à votre école ou à votre asso un petit défi énergétique, ou, tout simplement, de discuter du “kilowatt d’ici” au prochain café citoyen, n’hésitez pas ! La transition à Strasbourg, en vrai, elle commence là où on se rencontre.

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