Le budget participatif écologique, késako ?

À Strasbourg, on a de la chance : depuis quelques années, la Ville et l’Eurométropole proposent aux habitantes et habitants de décider eux-mêmes où une partie de l’argent public doit aller. Ça s’appelle le “budget participatif” – et depuis 2022, il en existe une version axée 100% transition écologique. L’idée ? Redonner la main aux citoyens sur les priorités d’investissement, notamment pour l’écologie ici, sur nos places, dans nos écoles, au pied de nos immeubles.

Concrètement, chaque année (ou presque), une enveloppe de plusieurs millions d’euros est allouée à des projets proposés et votés directement par les Strasbourgeois·es. En 2022, par exemple, la Ville annonçait un budget de 2 millions d'euros pour son édition “Transition écologique”. (source : strasbourg.eu)

Des idées qui poussent dans tous les quartiers

Ce qui est passionnant avec ce dispositif, c’est la diversité des idées qui en sortent. J’ai relu la liste 2022-2023, et franchement, c’est rafraîchissant : on trouve de tout, du compost collectif dans une cour d’école du Neudorf à la végétalisation d’un bout de la rue du Faubourg-de-Pierre, en passant par des projets pour équiper un groupe scolaire en récupérateurs d’eau de pluie ou installer une cabane à livres solaire au Port du Rhin.

  • Végétalisation et création d’îlots de fraîcheur (cours d’école, squares ou même bacs de quartier)
  • Jardins partagés et permis de planter sur les trottoirs
  • Pistes cyclables, garages vélos collectifs, ou boîtes à outils pour réparer son vélo
  • Installations pour le tri et la réduction des déchets (composteurs de quartier, ressourceries mobiles…)
  • Énergie renouvelable : panneaux solaires sur des toits d’immeubles, expérimentation de mini-éoliennes urbaines

Bon à savoir : il y a un critère “écologie” obligatoire. Chaque idée doit contribuer à la transition (limiter les déchets, préserver la biodiversité, améliorer la qualité de l’air…). Mais ce n’est pas que pour les “grands sachants” ! L’équipe de la Ville accompagne les habitants pour retravailler les idées, même un peu foutraques au départ.

Proposer un projet : mode d’emploi simplifié

J’ai suivi plusieurs groupes de voisins qui ont proposé un projet. Franchement ? C’est plus simple que ça en a l’air. Voici les étapes, avec les petites subtilités à connaître :

  1. Avoir une idée. Exemple : une mare pédagogique au parc Schulmeister pour les enfants du quartier.
  2. Vérifier que le projet coche les cases. Il doit se passer sur un terrain public (pas dans un jardin privé !) et avoir un impact environnemental. Pas besoin d’être une asso : toute personne ou petit groupe peut proposer.
  3. Déposer l'idée sur la plateforme officielle (participer.strasbourg.eu).
  4. Pitcher son projet. Un petit texte, parfois une photo ou un plan… et le tour est joué.
  5. L’équipe municipale analyse la faisabilité. (coût, technique, autorisations…) – ça prend quelques semaines.
  6. Le projet est mis au vote. C’est ouvert à toutes et tous : on peut voter même si on n’a rien proposé.

Une astuce : la Ville organise régulièrement des permanences (dans les marchés, les mairies de quartier…). C’est top pour aller poser ses questions avant de déposer.

Le vote : tout le monde peut participer ?

Ici aussi, Strasbourg a simplifié la règle. Pour voter, il faut : habiter Strasbourg (ou l’Eurométropole), avoir plus de 7 ans, et s’inscrire avec une adresse. On peut choisir jusqu’à 6 projets pour répartir “son” argent virtuel et orienter le budget communal là où on pense qu’il aura le plus d’impact.

En 2022, plus de 16 500 voix ont été exprimées pour la seule thématique écologique, selon la Ville (source).

Fun fact ? Les projets “petits budgets” remportent souvent un franc succès : un distributeur de graines pour oiseaux dans des parcs, des tables de pique-nique “fabriquées maison” pour les familles du parc Lixenbuhl… Preuve que les habitants aiment le concret et le proche.

Ce qui se passe après le vote : réalisation, suivi… et parfois galères

Ça, c’est la partie où on attend souvent au tournant : une fois que le projet est élu, comment ça se passe ? La Ville (ou l’Eurométropole, selon où se trouve l’action) prend en charge la réalisation. Le porteur du projet peut être consulté à plusieurs étapes, mais c’est l’administration qui gère appels d’offres, travaux, achats… Bonne surprise : une page dédiée permet de suivre l’avancement de chaque idée, avec les grandes étapes marquées en ligne (ici).

  • Délais de réalisation : ça va de quelques mois à plus d’un an pour les chantiers plus costauds. Le “verdissement” d’une cour d’école, par exemple, demande de la concertation (et parfois l’accord de l’Éducation nationale !).
  • Difficultés ? Parfois, les coûts réels dépassent ce qui avait été estimé au départ. Ou la faisabilité bute sur une question technique. Je pense à un projet de panneaux solaires sur le toit d’un gymnase, recalé car la structure n’était pas adaptée.
  • Abandons : moins de 10% des projets élus sont abandonnés chaque année, selon les rapports municipaux (chiffres 2022).

Mais dans la majorité des cas, les projets aboutissent : les potagers collectifs fleurissent (vraiment !), des classes profitent maintenant d’ombre l’été grâce à des plantations, et certains habitants rencontrés racontent que ça donne envie de refaire des projets ensemble.

Chiffres clés : ce qu’ont changé ces budgets à Strasbourg

Année Budget participatif “Transition écologique” (Euros) Nombre de projets déposés Nombre de projets réalisés (au 31/12/2023)
2021 1 million 122 38
2022 2 millions 168 49
2023 2,5 millions 186 Projets en cours

(source : Ville de Strasbourg)

Autre point marquant : plus d’un tiers des projets sont liés au végétal, et une part croissante touche au “vivre ensemble” (fêtes de quartier, potagers intergénérationnels, etc.). Ce n’est donc pas qu’une affaire de technique, mais bien une façon d’inventer la ville à plusieurs.

Ce que les habitantes et habitants en retirent : paroles de quartier

C’est sans doute ce qui donne envie d’y croire : passer par le budget participatif, ce n’est pas juste “dépenser l’argent public autrement”. C’est :

  • S’approprier la ville : “On ose parler au service espaces verts alors qu’avant, on ne pensait pas que c’était pour nous…” (témoignage recueilli lors d’une réunion à la Maison des Projets de la Meinau)
  • Créer du lien : Plusieurs écoles disent que le projet collectif (ex : un composteur partagé) a permis de connecter parents, animateurs et gardiens d’immeuble qui ne se parlaient jamais avant.
  • Démystifier l’administration : Loin de l’image “étouffante”, les ateliers de co-construction autour des budgets participatifs sont (d’après ce que j’ai vu) beaucoup plus conviviaux qu’une réunion de commission de quartier classique…

À noter aussi : certaines personnes investies témoignent avoir pris confiance “pour lancer d’autres démarches plus vastes” par la suite (jardins partagés, repair-café local, etc.).

Trucs et astuces pour celles et ceux qui veulent se lancer

  1. Regroupez-vous ! Un projet porté à plusieurs (même informellement) fonctionne souvent mieux et crée une vraie dynamique : pensez voisins, assos, école, coloc, etc.
  2. Allez voir ce qui existe déjà. À Strasbourg, on peut visiter les projets passés (beaucoup sont balisés ou signalés dans les médias locaux). Inspiration garantie.
  3. Osez demander conseil. À la mairie de votre quartier, ou lors des permanences “budget participatif” (agenda en ligne sur participer.strasbourg.eu).
  4. Restez modestes au départ. Un projet simple, facilement réalisable, sera plus vite accepté – quitte à viser plus ambitieux l’année suivante !
  5. Gardez le lien pendant la réalisation. Un petit groupe WhatsApp, une page Facebook, ou juste un mail collectif : c’est la meilleure façon d’éviter que le projet ne retombe après le vote.

Ressources et liens utiles pour aller plus loin

Des budgets citoyens, pour une écologie du quotidien

J’ai souvent entendu : “C’est juste un gadget ?”, “Est-ce qu’on peut vraiment changer la ville comme ça ?”. Bien sûr, le budget participatif ne règle pas tout – les moyens sont limités, et la mairie reste décisionnaire sur les grands choix. Mais à Strasbourg, ce dispositif fait bouger concrètement l’espace public et les mentalités, à l’échelle d’un quartier, d’une école, d’un square.

L’engagement citoyen peut parfois sembler un peu poussiéreux… Alors voir des ados, des retraités, des familles qui s’approprient la transition écologique, rue après rue, c’est réjouissant. Et pour celles et ceux qui hésitent encore : la porte n’est pas fermée, il reste de la place pour les idées malicieuses, les micro-inventions, et les envies de collectif. À observer tout ça, on se dit que la ville, ça se fabrique vraiment ensemble, saison après saison.

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