Un samedi matin sur la piste des engagements climat

À Strasbourg, les bancs publics bruissent souvent de la même question : “On en est où, vraiment, sur l’écologie ?”. Alors, la municipalité, elle avance ? Ou tout reste coincé dans un tableau Excel municipal ? J’ai voulu en avoir le cœur net. Et ce samedi-là, carnet de notes en poche et vélo bien gonflé, j’ai décidé de suivre la trace de ces fameuses “avancées climatiques”, qu’on dit parfois invisibles, parfois mal expliquées, voire, mettons les pieds dans le plat, méconnues des Strasbourgeois·es eux-mêmes.

Entre bilans obligatoires et communication locale : de quoi parle-t-on exactement ?

D’abord, petit détour pratico-pratique. Depuis plusieurs années, toutes les villes de notre taille sont tenues d’agir pour le climat. L’État impose différents plans et rapports, comme le fameux “PCAET” (Plan Climat Air Énergie Territorial), qui fixe des objectifs de réduction de gaz à effet de serre, une adaptation au changement climatique, et la promotion des énergies renouvelables. À Strasbourg, ce plan est porté par l’Eurométropole (28 communes), pas uniquement par la Ville. Du coup, pas mal d’informations se jouent à ce niveau-là (plus d’infos ici).

Mais un plan, c’est du papier. Comment le transformer en actions concrètes, visibles, palpables ? Et surtout, comment la municipalité nous en rend-elle compte… sans se perdre dans des diagrammes hermétiques ?

D’abord, le tableau de bord climat : un outil en accès libre (mais encore peu connu)

Et là, bonne surprise : depuis 2022, l’Eurométropole de Strasbourg met à jour un tableau de bord climat accessible en ligne à toutes et tous (tableau de bord ici).

Ce tableau, actualisé annuellement, permet de suivre une quarantaine d’indicateurs, dont certains sont plutôt parlants :

  • Taux d’émissions de gaz à effet de serre (GES) du territoire
  • Part des énergies renouvelables dans la consommation locale
  • Évolution de la mobilité douce (usagers du tram, pistes cyclables, etc.)
  • Nombre de rénovations énergétiques de logements soutenues par des dispositifs publics, comme “Strasbourg Rénov’Habitat”
  • Consommation d’énergie par habitant·e

C’est un tableau dont les données principales sont visibles sans jargon excessif. Par exemple, la part du vélo sur les déplacements quotidiens atteint désormais 16% (source : Enquête mobilités 2022), soit un bond notable en dix ans (elle dépassait à peine 8% en 2012).

Les rapports annuels et les bilans publics : vers plus de transparence, mais…

Autre outil de contrôle citoyen : les rapports bilan présentés chaque année au Conseil de l’Eurométropole et, dans une moindre mesure, lors de Conseils municipaux de Strasbourg. On y trouve l’état d’avancement du PCAET (parfois un peu technique, il faut bien le dire).

Parmi les infos sorties lors du dernier bilan (2023) :

  • L’Eurométropole a réduit ses émissions de CO₂ de 15% par rapport à 2010 (objectif visé pour 2030 : -40%)
  • 40 000 mètres carrés de toitures végétalisées supplémentaires depuis 2018
  • 21 écoles municipales équipées d’au moins un dispositif de production d’énergie renouvelable (panneaux solaires ou pompes à chaleur)
  • Près de 11 500 ménages accompagnés sur des démarches de rénovation énergétique depuis 2017

On sent une volonté de plus de clarté : la présentation de ces chiffres est de plus en plus synthétique, des infographies sont mises en ligne, et lors des séances publiques, un temps est désormais consacré aux questions/réponses des habitants (avec parfois des débats animés !).

  • Ressource : Les bilans sont consultables sur le site de Strasbourg.eu, rubrique “Climat & Energie”.

Débats publics, temps forts et démocratie de quartier : avancer ensemble ?

Strasbourg aime le débat (surtout autour d’un café à la Coop ou d’un jus local à la Vill’A). Depuis la crise climatique, la Ville a lancé divers ateliers citoyens aux formats variables :

  • Assises de la transition écologique (2021-2022) : des centaines de Strasbourgeois·es réunis pour co-construire des propositions (jardins partagés, piétonisation, biodiversité urbaine…)
  • Budgets participatifs “verts” : depuis 2020, environ 10% du budget participatif est réservé à des projets de transition (ruches, composts collectifs, récupération d’eau de pluie…). Ex : en 2023, 27 projets “verts” citoyens financés pour plus de 700 000 €
  • Rencontres & balades thermiques : certains quartiers comme Cronenbourg, Stockfeld ou Esplanade ont accueilli des visites où ingénieurs et élus expliquent, sur le terrain, les enjeux d’isolation et d’efficacité énergétique (avec caméras thermiques à la main – oui, c’est impressionnant de voir la chaleur s’envoler par les vieilles fenêtres !)

Petit bonus : chaque année, la municipalité participe aussi à “l’Heure de la Terre” et propose des animations ou discussions ouvertes au grand public. C’est parfois l’occasion pour chaque habitant de donner son avis, franchement.

  • À suivre : Les agendas de ces événements sont diffusés sur Strasbourg.eu, dans la section “Participez”.

Vers une “démocratie écologique” locale ? Plus de citoyennes et citoyens aux manettes

Ce qui frappe aussi, c’est la multiplication des conseils de quartier impliqués dans le suivi des sujets climat. La municipalité propose aujourd’hui (même si ce n’est pas encore idéal) que des habitants volontaires soient associés à des groupes de suivi ou “comités climat” locaux. On y retrouve des citoyens lambda, des associatifs, parfois des collégiens ou lycéens qui font remonter leurs besoins (arbres à l’école, éclairage public plus économe, etc.)

Exemple concret : le quartier de la Robertsau a expérimenté un comité de suivi pour choisir les emplacements des arbres plantés autour des écoles, proposer des rues à végétaliser ou tester des fontaines à eau. À Neuhof, c’est un collectif d’habitants qui a pesé sur le choix des emplacements pour de futurs composts de quartier.

Tout ça, c’est bien. Mais où trouve-t-on LE bilan ? Les points faibles et limites

Soyons honnêtes : malgré les efforts engagés, beaucoup d’habitants sont encore perdus. Où voir d’un coup d’œil si l’action municipale “marche” ? Certains retours montrent que la communication institutionnelle reste souvent trop discrète ou technique. Peu d’info sur les réseaux sociaux grand public, des liens parfois introuvables, une actualisation annuelle qui laisse parfois l’impression que “les chiffres ne bougent pas vite”…

3 choses que beaucoup de Strasbourgeois aimeraient voir :

  1. Un “tableau de bord citoyens” simplifié, avec 5 ou 6 indicateurs parlants (arbres plantés, km de pistes cyclables, écoles rénovées, plus de quartiers alimentés en énergies renouvelables…)
  2. Plus d’affichages en ville (stations tram, écoles, équipements de quartier) pour rappeler où on en est et ce qui est prévu, à la manière du “compteur à vélos” du pont de l’Abattoir
  3. Des temps de feedback réguliers : chaque trimestre, par exemple, une petite réunion/visio/stand avec les élus de chaque quartier pour faire le point

Au fond, et c’est rassurant, l’enjeu n’est plus de prouver que la Ville AGIT… mais de rendre tout ça visible, palpable, et accessible à tous, même à celles et ceux qui ont peu de temps à consacrer aux longues réunions !

Envie d’agir ? Où trouver les infos (et comment faire entendre sa voix)

  • Envie d’un panorama complet ? Consultez le PCAET de l’Eurométropole et les bilans annuels en PDF
  • Pour suivre les chiffres-clés en temps réel : Accédez au tableau de bord Climat
  • Participer aux débats ou aux conseils de quartier : Toutes les infos sur les réunions, ateliers ou groupes d’habitants sont mises à jour sur strasbourg.eu/la-democratie-locale
  • Pour lancer son propre projet “climat” : Pensez au budget participatif ou au dispositif “Colore Ta Ville” pour projets nature en quartier (renseignements auprès de la Mairie ou sur le site officiel)

Une ville qui change, ça se voit (surtout ensemble)

Aujourd’hui, à Strasbourg, on n’a peut-être pas encore la “ville parfaite climat”. Mais on avance, à grands pas parfois, petits pas souvent, et surtout, de façon de plus en plus collective. La municipalité s’ouvre, expérimente, et – même si tout est loin d’être gagné – tente de partager le volant.

Si certains comptes-rendus restent perfectibles, le plus important est sans doute ce mouvement qui grandit : celui de centaines de citoyens, d’assos, d’élus ou de voisins, qui se saisissent des outils disponibles, posent des questions, et cherchent à rendre la transition lisible et enthousiasmante.

J’y vois un motif d’optimisme lucide. Pas de baguette magique, mais des preuves, ici et là, que la ville appartient à celles et ceux qui s’en mêlent.

Et à Strasbourg, franchement ? Rien que ça, ça donne envie de continuer à s’informer… et à agir, ensemble.

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